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Dr Gilles Julien: à l’écoute des enfants

Photo: Denis Beaumont/Métro

Le Dr Gilles Julien explique son parcours et sa méthode de pédiatrie sociale dans son nouveau livre. Métro s’est entretenu avec lui.

Est-ce qu’il s’agit d’une autobiographie?
Non. C’est l’étalement d’un parcours professionnel, où on considère la personnalité, mais surtout le parcours.

Et votre parcours à vous, il part de quelle motivation?
À partir d’observations de grandes inégalités par rapport aux outils qu’ont les enfants pour se développer. Il y a des enfants privilégiés et d’autres moins privilégiés partout dans le monde, et on a en même temps une convention des droits qui dit qu’il faut travailler à l’équité sociale. Donc, ce type de constat-là m’a amené à développer une pratique susceptible de réduire ces grandes iniquités. Ce qu’on fait, c’est s’assurer que tous les enfants qu’on voit, surtout dans un milieu vulnérable, ont accès à tout ce qu’il leur faut pour se développer, réaliser leurs rêves et vivre leur vie.

Il y a donc deux volets à votre pratique : de la consultation et une tonne d’activités pour les enfants des milieux vulnérables?
C’est une approche assez globale, à l’aide de laquelle on évalue les besoins de chaque enfant. Et aussi, leurs droits, parce que la plupart du temps, ces droits sont bafoués. On le fait en harmonie avec la famille, et ça nous permet d’arriver à un plan qui fait consensus, qui n’est pas déconnecté, et où la famille est toujours en piste avec nous pour faire avancer les enfants. On recourt à toutes sortes de soins et d’activités pour accompagner nos enfants.

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre métier?
Les enfants. On a besoin d’être au contact des enfants, et ils nous le rendent au centuple. C’est ce qui nous tient, qui nous anime et qui nous garde efficaces.

Qu’est-ce que vous trouvez le plus dur?
L’incompréhension de la société face aux enfants. Nos sociétés s’éloignent souvent des enfants. Les milieux refilent les enfants à l’État dès que ça va mal, et la communauté ne se sent plus impliquée avec eux. Et une communauté qui s’éloigne de ses enfants n’est pas une communauté en santé, et les enfants ne peuvent pas réussir. Surtout dans une communauté où il y a beaucoup de vulnérabilité.

Vous rencontrez beaucoup d’enfants en difficulté. Comment gérez-vous les difficultés sur la plan émotif?
Il faut totalement s’engager. On enseigne aux étudiants à garder leurs distances, et c’est exactement la chose qu’il ne faut pas faire quand on s’occupe d’enfants. Il ne faut pas garder de distance. Il faut s’attacher à ces enfants-là, s’en rapprocher. Si on ne se mouille pas, personnellement, ça ne peut pas marcher. Et se mouiller personnellement entraîne énormément de bénéfices, parce qu’on voit l’enfant s’épanouir. Et c’est la grosse récompense. Ça nous permet de continuer.

Vous dites dans votre livre que c’est important de ne pas blâmer les parents. Pourquoi?
On est souvent étiquetés comme trop «pro-parent». On ne peut pas l’être trop. Les parents, c’est le milieu naturel. Ils sont souvent perturbés ou en grosse difficulté, mais ça reste le milieu naturel de l’enfant, le sens de son univers. On a fait le pari que les parents ont tous envie que leur enfant réussisse et ont tous une fierté par rapport à ça. Elle n’est pas très visible chez certains parents, mais c’est souvent à cause du fait que ces parents-là sont victimes, ont été exclus et se sont fait continuellement étiqueter comme incompétents, dysfonctionnels… C’est une méthode qui est efficace : on les voit aussi changer, ces parents-là.

À hauteur d’enfant
En librairie mercredi

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