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Le bilan du Canada critiqué à la COP24

Le bilan du Canada critiqué à la COP24
Photo: Jason Franson/La Presse canadienneJason Franson / La Presse Canadienne

OTTAWA — Le gouvernement du Canada vit dans un monde imaginaire s’il pense qu’il pourra atteindre ses cibles de diminution des gaz à effet de serre sans réduire la production de pétrole et de gaz au pays, ont déclaré lundi des groupes environnementaux lors d’une conférence internationale sur les changements climatiques.

Les groupes Environmental Defence et Stand.earth ont profité de la COP24, une rencontre internationale organisée par les Nations unies, pour publier un nouveau rapport accusant l’industrie du pétrole et du gaz de miner les efforts du Canada en matière de climat.

Cette industrie empêche le Canada de devenir réellement un chef de file mondial dans la lutte contre les changements climatiques, a plaidé Dale Marshall, directeur national des programmes chez Environmental Defence.

Le document reproche aux entreprises de ce secteur d’avoir fait des pressions sur le Canada pour qu’il atténue ses politiques en matière de climat et qu’il les exempte des réglementations — par exemple, celles-ci bénéficient d’une plus longue période pour couper leurs émissions de méthane et jusqu’à 80% des émissions issues des sables bitumineux ne sont pas soumises à la tarification sur le carbone.

M. Marshall croit que les politiques canadiennes permettent à la filière des sables bitumineux de prendre de l’expansion, d’autant plus que le gouvernement fédéral a acheté l’oléoduc Trans Mountain.

Ces efforts sont contre-intuitifs pour un gouvernement qui dit vouloir être à l’avant-garde de la lutte contre les changements climatiques, a-t-il soutenu.

Patrick McDonald, directeur du climat à l’Association canadienne des producteurs pétroliers, a qualifié le rapport «d’effort ciblé de la part de groupes d’intérêts s’intéressant uniquement à notre industrie».

M. McDonald a mentionné que l’industrie canadienne du pétrole et du gaz était la seule au monde à être soumise à une taxe sur le carbone et qu’elle mettait en place des moyens pour réduire les émissions.

«Nous avons été très actifs et très responsables face à l’environnement», a-t-il assuré.

Le rapport indique toutefois que les émissions de chaque baril de pétrole produit au Canada ont augmenté de 20% entre 1990 et 2016.

Une solution non viable à long terme
Catherine Abreu, directrice principale de Climate Action Network Canada, a déclaré lors d’une conférence de presse lundi en Pologne que même si l’industrie pouvait utiliser la technologie pour réduire les émissions par unité de pétrole, de gaz ou de charbon produite, ce ne serait qu’une solution temporaire dans un monde où l’objectif à long terme doit être de cesser complètement l’utilisation des combustibles fossiles.

«Il y a beaucoup de pays qui, comme le Canada, semblent avoir l’impression que leurs combustibles fossiles sont en quelque sorte différents de ceux de tous les autres», a-t-elle souligné.

«Comme si leur charbon, leur pétrole ou leur gaz naturel étaient magiquement non émetteurs et réellement bons pour le climat, alors que les combustibles fossiles de tous les autres sont le problème.»

L’accord de Paris, le pacte opérationnel visant à éviter le pire des changements climatiques, engageait les pays du monde entier à réduire leurs émissions et la quantité de pollution par le carbone suffisamment pour empêcher la température mondiale moyenne d’augmenter de plus de 2 degrés Celsius par rapport aux temps préindustriels.

Ils sont censés essayer de maintenir l’augmentation de la température le plus près possible de 1,5 degré Celsius.

La différence entre les deux est importante. Avec une augmentation de 2 degrés Celsius, des millions de personnes supplémentaires seraient forcées à se déplacer en raison de l’élévation du niveau de la mer, des températures extrêmes et des tempêtes violentes. Il y aurait également de graves conséquences sur l’approvisionnement alimentaire mondial et une plus grande propagation des maladies, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

À l’heure actuelle, on est en voie de dépasser les 3 degrés Celsius d’ici la fin du siècle.

Des efforts insuffisants
Le Canada prévoit actuellement réduire ses émissions d’environ 200 millions de tonnes par an — ce qui équivaut à ce qui est produit par environ 44 millions de voitures — mais un rapport récent de l’ONU, rédigé par des dizaines de climatologues respectés, affirmait que s’il voulait réellement atteindre la cible des 1,5 degré Celsius, il faudrait diminuer les émissions de 400 millions de tonnes.

Le secteur pétrolier et gazier est l’un des rares où les émissions continuent d’augmenter au Canada.

Tzeporah Berman, directrice des programmes internationaux à Stand.earth, a indiqué que si les émissions du secteur pétrolier continuaient de croître, le Canada devrait «contraindre» toutes les autres provinces et industries pour les amener à réduire davantage.

Étant donné que la majeure partie du plan existant concerne les réductions les plus faciles et les moins onéreuses, diminuer davantage les émissions de ces secteurs nécessiterait des réglementations et des politiques plus onéreuses et plus difficiles, a-t-elle déclaré.

Le gouvernement de l’Alberta envisage de limiter les émissions de sables bitumineux à 100 millions de tonnes par an dans le cadre de son plan pour le climat. Edmonton a l’intention d’accroître la production à mesure que la technologie avance pour réduire les émissions de chaque baril de pétrole produit. Mais aucune politique de ce genre n’a encore été mise en œuvre.

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