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Début des tests pour remplacer le système de paie Phénix

Début des tests pour remplacer le système de paie Phénix
Justin Tang / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Les fonctionnaires fédéraux sont appelés, ces jours-ci, à tester des logiciels qui pourraient remplacer le fameux système de paie Phénix.

Phénix est ce système de paie dans la fonction publique fédérale, lancé en 2016, qui a connu maints ratés depuis — quelque 156 000 travailleurs trop payés, sous-payés ou pas payés du tout. Le système a aussi entraîné des problèmes avec le prélèvement des cotisations syndicales et dans l’application des conventions collectives qui avaient été signées avec les syndicats.

À la fin de 2018, les coûts du système de paie Phénix avaient été estimés à 1,1 milliard $ en tenant compte du démarrage et des mesures adoptées depuis pour tenter de résoudre les problèmes.

Ces jours-ci, une équipe des ressources humaines et de «paie de la prochaine génération» du gouvernement, baptisée ProGen RH, organise des séances dans plusieurs villes au pays pour permettre aux travailleurs de tester des logiciels de paie qui pourraient remplacer Phénix.

Les séances ont débuté mercredi dernier à Gatineau, puis jeudi et vendredi à Ottawa. Cette semaine, elles reprendront mercredi à Montréal et jeudi à Dartmouth en Nouvelle-Écosse. La semaine suivante, elles auront lieu à Victoria, puis Edmonton, Winnipeg, Gatineau les 4 et 6 février, puis Ottawa les 8 et 11 février.

«On demande ça depuis des décennies. Ce n’est pas simplement avec Phénix, mais avec n’importe quel outil. Pourquoi ne pas consulter les gens qui travaillent avec cet outil-là?» a demandé au cours d’une entrevue avec La Presse canadienne Magali Picard, vice-présidente nationale exécutive de l’Alliance de la fonction publique du Canada.

«Le gouvernement conservateur de Stephen Harper (qui avait pris la décision d’implanter Phénix) n’avait consulté personne. Il avait été de l’avant avec l’achat de cet outil-là. Il n’y avait pas eu de tests faits au préalable par les spécialistes en rémunération ou encore les gens de l’informatique au niveau de la fonction publique fédérale. Et même lorsque ça avait été le temps de transférer les informations, nos membres disaient ‘cet outil-là ne fonctionne pas; il y a des rapports de milliers de codes d’erreurs’. Et personne n’a écouté les travailleurs», a déploré Mme Picard.

L’AFPC, qui au Québec est affiliée à la FTQ, représente 180 000 travailleurs au Canada, dont 80 pour cent des membres sont touchés par des problèmes de paie ou l’ont été.

Dans son budget du 27 février 2018, le ministre des Finances, Bill Morneau, avait prévu une somme de 16 millions $ sur deux ans pour remplacer Phénix et lui trouver une solution de rechange. Phénix a été conçu par l’entreprise privée IBM.

Mme Picard «aimerait dire oui», qu’elle voit la lumière au bout du tunnel, grâce à cette période de tests qui commence. Mais elle prône la prudence.

«La journée qu’un nouvel outil sera prêt à recevoir les 82 000 actions de paie que demande un système pour répondre à la commande, il devra puiser ses informations quelque part. Et la seule banque de données qui existe actuellement, c’est Phénix. Alors oui, on veut bien voir la nouvelle génération, le nouvel outil, comme étant la lumière au bout du tunnel. Mais pour vraiment s’assurer que c’est la lumière au bout du tunnel, ils doivent quand même corriger la banque de données actuelles», donc Phénix, a souligné Mme Picard.

Elle espère que le Conseil du trésor embauchera suffisamment de travailleurs pour mener à bien cette tâche.

Elle réitère d’ailleurs sa volonté de voir les victimes de Phénix indemnisées. «On négocie actuellement au niveau des dommages moraux avec le gouvernement. Ce n’est pas une négociation qui est facile. Il est extrêmement important que chacun des travailleurs de l’État soit dédommagé pour tout ce qu’ils vivent et ont vécu. Les gens peuvent se mettre dans la situation d’un travailleur qui ne sait jamais si oui ou non il aura sa paie, est-ce qu’il aura un trop-payé, est-ce qu’il aura un montant ridicule, 32 $ qui seront déposés, au lieu d’une paie complète? C’est un stress immense pour les familles, les travailleurs», a plaidé Mme Picard.

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