Poids et bien-être : grand fossé entre les hommes et les femmes
Des constats «inquiétants» mettant en lumière l’influence du poids sur la santé et le bien-être, en particulier chez les femmes, ressortent d’un sondage dont le premier volet est publié mardi.
Janvier : c’est le temps des résolutions. Après les excès des Fêtes, nombreux – 47 %, selon le sondage – sont ceux qui expriment le désir de maigrir, en ayant la saison des maillots en tête. C’est dans ce contexte que l’organisme ÉquiLibre a voulu présenter les premiers résultats de sa vaste enquête panquébécoise sur le poids, l’image corporelle et les habitudes de vie.
L’analyse des données confirme l’hypothèse «des différences importantes entre les hommes et les femmes, qui n’ont pas les mêmes préoccupations par rapport à leur poids», affirme Fannie Dagenais, nutritionniste et directrice de l’organisme. Il est évident que les femmes sont plus sensibles que les hommes à la question du poids : elles sont deux fois plus nombreuses à en être insatisfaites. Cela vient appuyer ce que laissait entendre l’Enquête québécoise sur la santé de la population, publiée cet automne.
De plus, les femmes sont trois fois plus nombreuses que les hommes à affirmer que leur poids les rend malheureuses, ce qui explique peut-être pourquoi le quart d’entre elles (24 %) ont suivi une diète ou ont utilisé des produits dans le but de contrôler leur poids au cours des cinq dernières années, comparativement à 12 % des hommes. Environ deux fois plus de femmes que d’hommes disent aussi être obsédées et angoissées par leur poids, en plus d’avouer que leur poids affecte négativement leur estime de soi.
À noter aussi que deux fois plus de femmes que d’hommes ont répondu que des remarques ou des commentaires négatifs sur leur poids les ont déjà incitées à se mettre au régime ou, à l’inverse, à manger compulsivement. «Quand je vois ces résultats, je suis inquiète, commente Mme Dagenais. Il est assez préoccupant de savoir que plusieurs femmes sont obsédées ou angoissées par leur poids. D’une part, ça milite en faveur d’une intervention sur les normes sociales de la beauté. Il faut continuer le travail avec les industries de la mode, de la publicité et des médias pour présenter des corps plus réalistes. D’autre part, ça montre l’importance de développer des programmes d’intervention pour les femmes qui incluent la question de la santé mentale.»
Même si les femmes semblent plus affectées par leur poids, cela ne veut pas dire que les hommes n’ont pas besoin d’aide, continue la nutritionniste. «Ils vivent la chose différemment», précise-t-elle. S’ils affirment être plus actifs, ils sont aussi plus nombreux (72 % contre 52 %) à attribuer leur surcharge pondérale à leur mauvaise alimentation.
Et puisque la norme de beauté masculine favorise les corps musculeux plutôt que la minceur à proprement parler, les hommes ont été quatre fois plus nombreux que les femmes à consommer des suppléments au cours des cinq dernières années dans le but de gagner de la masse musculaire (8 % par rapport à 2 %).
Et même si davantage de femmes se mettent elles-mêmes de la pression pour améliorer leur poids (40 %), 21 % des hommes en font autant, une donnée qui peut sembler surprenante, selon Fannie Dagenais, mais qui indique qu’il faut tout autant les aider. «Les hommes ont moins tendance à aller chercher de l’aide, par exemple dans les CSSS et les CLSC, où des programmes sont offerts, poursuit-elle. C’est pourquoi nous voulons également miser sur des programmes en milieu de travail. Il faudra développer des outils propres à chacun des sexes pour bien répondre aux besoins.»
Faits saillants
En matière de poids, d’image corporelle et d’habitudes de vie, les différences entre hommes et femmes pèsent lourd dans la balance.
- Régimes. La moitié des répondantes (50 %) souhaitent perdre du poids dans les prochaines années, comparativement à 44 % des hommes. Elles sont également plus nombreuses (28 % contre 19 % des hommes) à avoir suivi une diète ou utilisé des produits pour le contrôle du poids durant la dernière année.
- Stress. Les femmes sont deux fois plus nombreuses (27 %) que les hommes (12 %) à affirmer que leur poids les angoisse. Elles sont aussi 25 % à être obsédées par leur poids, contre 14 % chez les hommes.
- Pression. Deux fois plus de femmes (18 %) que d’hommes (7 %) affirment que des remarques négatives sur leur poids les ont incitées à se mettre au régime. Cela dit, 40 % avouent se mettre de la pression elles-mêmes, comparé à 21 % des hommes.
- Solitude. «Manger ses émotions» : une expression qu’on pourrait conjuguer plus souvent au féminin, puisque 36 % des femmes, contre 18 % des hommes, mangent lorsqu’elles s’ennuient, et 28 % d’entre elles le font quand elles vivent des émotions négatives, comparativement à 13 % des hommes.
Ce sondage a été réalisé par la firme SOM auprès de 1 005 adultes québécois.
Info : equilibre.ca