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10:51 6 juin 2019 | mise à jour le: 6 juin 2019 à 10:56 temps de lecture: 4 minutes

Consigne élargie au verre: des militants environnementaux applaudissent, mais «restent lucides»

Consigne élargie au verre: des militants environnementaux applaudissent, mais «restent lucides»
Photo: Archives Métro

Sans crier victoire, les militants environnementaux voient «d’un très bon œil» que Québec planche sur un projet d’élargissement de la consigne aux bouteilles de plastique et de verre.

«On avait peur que la Coalition avenir Québec (CAQ) soit un gouvernement libéral 2.0, mais il semble y avoir une volonté d’agir. On est super contents, c’est déjà une première bonne nouvelle», se réjouit Denis Blaquière, le porte-parole de la SAQ Consigne, un mouvement citoyen formé au début 2019 à Montréal.

«On s’attendait à tout, y compris l’abolition pure et simple de la consigne au Québec», ajoute-t-il. Mais on reste lucides: on se doute que cette fuite et ce ballon lancé par le gouvernement a pour intention de tâter la réaction du public.»

Jeudi matin, le Journal de Québec affirmait que le cabinet du ministre de l’Environnement Benoit Charrette avait récemment élaboré un «scénario d’élargissement» de la consigne devant des représentants de l’industrie. Québec entendrait entre autres étendre son système de consigne de 10 cents à la totalité des contenants de boisson – qu’ils soient faits de verre ou de plastique –, dont les bouteilles d’eau, de jus, de vin et de spiritueux. La mesure serait accompagnée de la création de 400 nouveaux centres de dépôt, forçant les détaillants à faire un choix: celui d’accepter ou non la consigne auprès de sa clientèle, avec la possibilité de tout simplement s’en retirer.

«Permettre aux détaillants de sortir du système de consigne, pour nous, ça serait un très gros morceau. Le lobby anti-consigne vient surtout d’eux. On enlèverait un très gros argument à nos détracteurs.» -Denis Blaquière, porte-parole de la SAQ Consigne

Encore faut-il toutefois «voir comment ces regroupements de détaillants vont réagir», ajoute le porte-parole. «Oui, la plupart sont contre la consigne, mais si des centres de dépôt se construisent, je ne suis même pas certain qu’ils se retirent, parce qu’ils savent très bien qu’ils risquent de perdre un achalandage», analyse-t-il.

Même son de cloche pour la militante environnementale, Maude Ménard-Dunn, qui se dit «extrêmement heureuse» que le gouvernement Legault «aille enfin de l’avant avec un choix courageux».

«C’est l’évidence scientifique et économique qu’il faut changer nos lois en matière de consigne. Voir ça arriver aujourd’hui, ça nous donne l’impression que les citoyens ont un pouvoir.» -Maude Ménard-Dunn, militante environnementale

La priorité, selon elle, est de démontrer à la CAQ «que tous les citoyens sont derrière lui si le parti prend cette décision-là» et éviter «qu’il ne soit mangé par l’industrie anti-consigne». «Ce n’est pas vrai que toute l’industrie est contre nous, mais c’est sûr qu’on a un lobby super puissant sur le dos», envisage-t-elle.

«À l’étude»
Joint par Métro, le porte-parole du cabinet du ministère de l’Environnement, Louis-Julien Dufresne, demeure prudent. S’il confirme que la consigne fait bel et bien «partie des mesures qui sont à l’étude» actuellement, il rappelle qu’«un chantier est en cours sur la gestion des matières résiduelles». «Ce chantier inclut plusieurs choses», nuance-t-il.

Le porte-parole affirme en ce sens que «rien n’est encore décidé quant à la consigne». Un plan plus formel sera selon lui présenté «cet automne» sur la gestion des matières résiduelles à l’Assemblée nationale. Une commission parlementaire doit aussi avoir lieu au mois d’août sur la crise du verre au Québec.

Dans un rapport déposé devant la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) à la mi-mai, Éco Entreprises Québec s’était de nouveau opposée à la mise en place d’un système de consigne, «qui viendrait fragiliser encore davantage la collecte sélective».

«[La consigne] serait un système parallèle à ce qui existe déjà. On veut plutôt améliorer le système actuel, investir dans les centres de tri, bref améliorer la façon dont le verre est traité», avait précisé à Métro une porte-parole d’ÉEQ, Yourianne Plante.

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