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08:55 25 juin 2019 | mise à jour le: 25 juin 2019 à 18:57 temps de lecture: 5 minutes

Bombardier vend ses avions régionaux Canadair à Mitsubishi pour 550 M$

Bombardier vend ses avions régionaux Canadair à Mitsubishi pour 550 M$
Photo: Nathan Denette/La Presse canadienne

La compagnie aérienne québécoise Bombardier a conclu une entente avec l’entreprise japonaise Mitsubishi Heavy Industries (MHI) pour que cette dernière procède à l’achat de son programme d’avions régionaux Canadair, une transaction qui s’élèvera à 550M$ US. L’entreprise basée à Montréal maintient que la plupart des employés affectés devraient rester dans le giron de la compagnie.

En acquérant ce programme, aussi nommé CRJ (Canada regional jet), Mitsubishi pourra «transformer et mener le secteur mal desservi des jets régionaux, avec des services de soutien à la clientèle renforcés», soutient Bombardier dans un communiqué de presse publié mardi matin.

«Progressivement, on a posé différentes actions pour se recentrer vers l’aviation d’affaires, et ça, ça impliquait de vendre des programmes qui avaient atteint un nouveau de maturité très important. On penchait pour cesser la production parce qu’on ne voyait pas le potentiel de croissance à long terme», a commenté le gestionnaire en relations médias chez Bombardier Simon Letendre. Selon lui, le prix obtenu dans cette transaction est «une bonne valeur» pour la compagnie.

MHI sera en charge «des activités de maintenance, de soutien, de remise à niveau, de marketing et de vente» de ces avions CRJ, de petits appareils qui ont été l’attrait de Bombardier dans les années 1990. Grâce à cette vente, Bombardier compte poursuivre sa restructuration interne vers l’aviation d’affaires.

«On est contents d’avoir trouvé un acheteur qui est vraiment intéressé par ce programme et ses employés. Parce que Mitsubishi reconnaît vraiment la valeur du talent qu’il y a dans le programme CRJ», a observé M. Letendre.

Selon le professeur en aéronautique à l’École des sciences de la gestion (ESG) Mehran Ebrahimi, ce geste de la part du fleuron québécois de l’aéronautique est «tout à fait cohérent» avec la nouvelle stratégie de Bombardier, qui consiste à laisser de côté l’aviation commerciale pour mettre le cap sur l’aviation d’affaires.

CRJ est un programme qui a été conçu dans les années 1980. Chez nous, au Québec, nous avons inventé le concept de jet régional, et on doit en être fiers. Mais c’est un programme qui était arrivé à terme. – Mehran Ebrahimi, professeur à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM (ESG-UQAM)

C’est que le modèle d’affaire de la série Canadair, «ne répond plus aux technologies disponibles sur le marché», a ajouté le spécialiste, qui est aussi directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile, à l’ESG. D’après lui, relancer CRJ avec un avion de nouvelle génération nécessiterait des investissements de 3G$ ou 4G$.

S’ajoute à cela le fait que le programme de jets régionaux de Bombardier était déficitaire, a avancé le spécialiste en économie de l’aéronautique. «De l’autre côté, on a un programme d’aviation d’affaire où on a une position de leader mondial. [Bombardier] est parmi les trois meilleurs. La compagnie va mettre les pieds là où elle a le potentiel de performer et de créer de la valeur», a poursuivi M. Ebrahimi.

Le plan de Mitsubishi
Alors, pourquoi MHI désire-t-il faire l’acquisition d’une série à première vue désuète? Pour plusieurs raisons, selon Mehran Ebrahimi, qui considère que le réseau déjà établi de service après-vente du programme CRJ viendra grandement faciliter la vie du fabricant japonais.

«Vendre un avion est rentable, mais la maintenance et le service après-vente sont aussi très rentables. [Mitsubishi] met la main sur ce réseau et va également faire de l’argent grâce à ce service», a observé le professeur en aéronautique.

Dans son communiqué, Bombardier a confirmé que le site de production d’avions CRJ, à Mirabel, restera en place jusqu’en 2020, lorsque le carnet de commande actuel sera rempli. En attendant, «elle continuera à fournir des composants et des pièces de rechange».

Actuellement, les services de Canadair font appel à 700 employés dans l’usine des Laurentides. Quatre cents personnes sont affectées à la production. «Après 2020, on va travailler avec des joueurs comme Airbus Canada pour permettre à ces employés de rester chez Bombardier dans des fonctions différentes ou de retrouver un emploi chez Airbus. Il va y avoir des besoins dans le futur», a soutenu Simon Letendre.

M. Ebrahimi pense que cette vente pourrait être bénéfique au bassin de main-d’oeuvre québécois. «Il faut espérer que Mitsubishi essaie de développer ses activités ici plutôt qu’ailleurs, parce qu’il y a déjà l’expertise, des lignes d’assemblage, la grappe industrielle», a-t-il lancé.

Le fantôme de C Series
Cette vente survient après la prise de contrôle très médiatisée de la C Series de Bombardier par la compagnie européenne Airbus, en 2018. Ce nouvel épisode impliquant la série CRJ se différencie particulièrement des événements de l’an dernier, a toutefois affirmé M. Ebrahimi.

«Ici, on se débarasse d’un « boulet ». C Series, c’est le nec plus ultra des avions qui existent dans sa catégorie. Le fait d’être obligé de se séparer de sa création qui est la meilleure dans le monde, c’est très différent que de se séparer de quelque chose qui est arrivé à terme», a-t-il dit.

Selon l’expert, l’expertise de Bombardier dans la fabrication d’appareils C Series ne s’est pas traduite lorsqu’est venu le temps de vendre des avions du genre. «On n’avait pas l’expertise pour vendre et promouvoir C Series», a-t-il ajouté.

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