National
05:00 21 janvier 2020

Cedo Kljajic devant la Cour fédérale: «J’ai protégé mon peuple»

Cedo Kljajic devant la Cour fédérale: «J’ai protégé mon peuple»
Photo: 123rf

Cedo Kljajic a témoigné devant la Cour fédérale jeudi et vendredi derniers, dans le cadre des procédures visant à lui retirer sa citoyenneté canadienne. Dans la salle de la Cour fédérale d’Ottawa, quelques intéressés étaient venus assister à l’interrogatoire et au contre-interrogatoire de celui qui est soupçonné d’avoir commis des crimes de guerre en Bosnie.

Le procès en cours ne vise pas à déterminer la culpabilité criminelle du défendeur, mais plutôt à révoquer sa citoyenneté et à l’ui interdire l’entrée sur le territoire en raison de «fausses déclarations sur sa demande de résidence permanente». On lui reproche aussi «son rôle important dans le nettoyage ethnique contre la population non serbe en Bosnie-Herzégovine en 1992» a déclaré la procureure Geneviève Bourbonnais dans sa déclaration d’ouverture lundi dernier.

Jeudi après-midi, M. Kljajic a été questionné sur son rôle de responsable des services de sécurité intérieure du MUP RS, un ministère de la république autoproclamée par les Serbes de Bosnie dans les années 1990.

«Il faut comprendre que ce poste n’a jamais existé avant, il n’y a jamais eu de définition de tâches de ce poste, personne ne pouvait dire quel en était le rôle» a-t-il répondu à son avocate Me Déborah Enokou.

Les réponses étaient longues et il donnait beaucoup de détails sans directement répondre aux questions de son avocate, qui s’est souvent répété et lui a demandé à plusieurs reprises d’écourter ses réponses.

Concernant sa demande de résidence permanente, qu’il a faite en février 1995, M. Kljajic a dit qu’il avait répondu «non» à la question concernant son implication dans des crimes de guerre, car il ne considérait pas y avoir participé.

«Je répondrais la même chose aujourd’hui, mon rôle était de protéger la population et d’établir la paix», a-t-il affirmé.

Témoin ou suspect?

M. Kljajic a également confié avoir été invité par le Tribunal pénal international pour l’Ex-Yougoslavie (TPYI) à La Haye en 2003 pour témoigner de son expérience durant la guerre.

«Lorsque je suis arrivé là-bas, on m’a dit que j’étais un suspect», a-t-il lancé. Il a également fait état de menaces à son endroit, ajoutant qu’il pouvait refuser des ordres, mais avec des conséquences telles que la peine capitale, l’emprisonnement ou le transfert à la ligne de front.

Pour ce qui est de ses «fausses déclarations» sur sa demande de résidence permanente, M. Kljajic a déclaré qu’il a omis de mentionner son implication au sein du MUP RS, car il aurait entendu l’histoire de son collègue Vitomir Zepinic, qui aurait déclaré son appartenance au MUP RS dans sa demande de résidence permanente au Canada et qu’il aurait été arrêté par le ministre Mico Stanisic à sa sortie de l’ambassade canadienne de Belgrade.

Les premières accusations contre les Serbes de Bosnie venaient d’être déposées au TPYI au moment de son application, relève cependant la Couronne.

«Je ne suis jamais allé dans les camps de concentration»

Lors du contre-interrogatoire de vendredi après-midi, la procureure Geneviève Bourbonnais a présenté plusieurs enregistrements et documents dans lesquels M. Kljajic est informé de l’existence de camps de concentration, est présent à des réunions du parti nationaliste SDS et discute d’opérations militaires. Le citoyen canadien s’est défendu en disant qu’il a subi des menaces des dirigeants de la République serbe de Bosnie lorsqu’il soulevait des événements inquiétants.

M. Kljajic a également affirmé qu’il n’a jamais visité les camps de concentration, mais en avait pris connaissance dans les médias, «comme tout le monde». Une lettre lui étant adressée à ce sujet a cependant été présentée par la Couronne.

Dans une conversation interceptée le 30 mai 1992 entre un homme se présentant comme Cedo et le président de la République serbe de Bosnie, Radovan Karadzic, les hommes discutent d’artillerie et d’opérations militaires dans plusieurs villes comme Ahatovici et Rajlovac, où ont eu lieu des massacres commis par les forces serbes.

«Laissons-les mourir», dit Cedo durant la conversation présentée en cour. M. Kljajic a répondu à cette preuve en stipulant qu’il ne s’agissait pas de lui et qu’il y avait plusieurs hommes portant son prénom dans l’armée serbe.

Même s’il est né en Bosnie, Cedo Kljajic dit ne pas avoir la citoyenneté bosniaque, mais plutôt la citoyenneté serbe. S’il est déporté, il pourrait être renvoyé en Serbie. Le procès prend fin ce mercredi.