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03:30 24 janvier 2020 | mise à jour le: 24 janvier 2020 à 09:06

Trois ans de l’attentat de Québec: se comprendre pour mieux vivre ensemble

Trois ans de l’attentat de Québec: se comprendre pour mieux vivre ensemble
Photo: Josie Desmarais/Métro

Ibrahima Barry, Mamadou Tanou Barry, Khaled Belkacemi, Aboubaker Thabti, Abdelkrim Hassane et Azzedine Soufiane ont perdu la vie le 29 janvier 2017 alors qu’ils priaient. Six hommes, six Québécois, six musulmans, six personnes abattues dans une mosquée de Québec, le Centre culturel islamique. «On n’est pas des corps chauds», a déclaré Boufeldja Benabdallah en ouverture de la Semaine de la sensibilisation musulmane à l’hôtel de ville de Montréal, citant l’écrivain Yves Beauchemin.

Le président du Centre culturel islamique de Québec appelle ainsi à la responsabilité sociale.

«Il faut bouger. L’être humain, s’il ne bouge pas, il va rester sclérosé. C’est en échangeant avec les autres que je peux me corriger» a-t-il confié à Métro.

Trois ans après l’attentat, M. Benabdallah plaide pour l’amour de soi et le dialogue. «Si je traduis encore l’amertume, les gens ne vont plus nous écouter», poursuit-il.

L’attentat de Québec est encore blessant pour la communauté, dit-il. Malgré la vague d’amour à l’égard de la communauté musulmane de Québec depuis l’attentat, M. Benabdallah se dit déçu de la réaction du gouvernement provincial face à l’intolérance.

La Journée contre l’islamophobie sur la glace

Boufeldja Benabdallah compare cette situation à la lenteur de la reconnaissance du caractère antiféministe de l’attentat de Polytechtnique. À ce stade-ci, il ne souhaite plus demander au Québec et au Canada de reconnaître le 29 janvier comme la Journée contre l’islamophobie.

«On a fait la demande et on ne le demandera plus. On a senti que c’est trop complexe, et ça va faire partie de débats à l’échelle sociétale, où l’harmonie qu’on est en train de chercher risque encore de coincer. Attendons! Pour l’attentat de Polytechnique, il a fallu 30 ans pour qu’on reconnaisse que c’était un féminicide. Nous, on peut attendre, mais en attendant on peut faire autre chose», dit-il en entrevue.

L’ex-Imam Hassan Guillet avait également tracé des parallèles entre les deux attentats en décembre dernier dans La Presse.

Le gouvernement «complètement fermé»

Plusieurs personnes présentent lors de lancement de la semaine ont fait allusion à la loi 21, certains portant même le macaron «non à la loi 21». Pour M. Benabdallah, cette loi «est tout simplement inhumaine».

«Au lieu de chercher d’autres choses qui vont faire du bien à la société, on a pris une minorité pour répondre à une promesse électorale. On est tombés de haut…» mentionne-t-il.

Samira Laouni, du comité organisateur de la Semaine de la sensibilisation musulmane, et présidente d’un organisme de rapprochement interculturel, croit qu’après les événements du 29 janvier 2017, il faut apprendre à se connaître. Elle estime que les canaux de communication sont «complètement fermés» avec le gouvernement Legault.

«C’est comme si on n’était pas des citoyens à part entière. […] On reproduit souvent des préjugés envers les personnes de confession musulmane au Québec. Avec cette initiative, on espère pouvoir faire tomber certains préjugés et amener plus de compréhension», affirme-t-elle.

Contrer l’ignorance

Le pasteur Arien Bonnar, de l’Église Unie St-James, et la pasteure Paula Kline, de la Mission communautaire de Montréal, organisent des événements de rapprochement interreligieux durant la Semaine de la sensibilisation. Ils affirment avoir reçu des messages haineux lorsqu’ils organisent ce genre d’événements, attribuant cela à l’ignorance.

Au-delà d’une Journée contre l’islamophobie ou d’une Semaine de la sensibilisation, M. Benabdallah aimerait aussi voir naître une loi pour légiférer contre l’islamophobie, semblable à celle contre l’antisémitisme en France, où nier l’existence de l’Holocauste est passible d’une peine d’emprisonnement.

La Semaine de la sensibilisation musulmane se tiendra du 25 au 31 janvier 2020.

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