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Les ghettos de la pensée

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Chaque année, on pose l’inévitable, mais, semble-t-il, indispensable question: «Pourquoi un Mois de l’histoire des Noirs?»

Depuis les 10 dernières années, je répondais à cette interrogation avec la volonté sincère de bâtir des ponts, de dresser un portrait des réalités que vivent les communautés noires et de créer un dialogue positif. Aujourd’hui, je réponds tout simplement: «Pourquoi pas un Mois de l’histoire des Noirs?»

Les arguments du camp de l’opposition se résument à «la couleur de la peau n’existe pas» et à «pourquoi vous vous ghettoïsez?»

J’aimerais bien croire au premier raisonnement, mais mon aveuglement volontaire se buterait aux statistiques.

Au Canada, le taux de chômage des communautés noires est autour de 12%, alors que la moyenne générale est de 5% chez les non-Noirs. Les Afro-Canadiens sont surreprésentés dans les prisons et dans le système judiciaire. Les corps policiers canadiens pratiquent le profilage racial. Plus de 40% des crimes haineux au Canada sont perpétrés contre les Afro-Canadiens. Les programmes scolaires omettent une grande partie de l’histoire et de la culture des communautés noires et africaines canadiennes. Les membres de celles-ci continuent d’être sérieusement désavantagé.e.s. En outre, les Noirs sont moins susceptibles d’avoir accès à des emplois gratifiants dans des postes stratégiques de direction.

Il n’y a de ghetto que là où l’homme refuse d’entrer physiquement, émotionnellement ou intellectuellement.

On peut décider de fermer les yeux sur ces données alarmantes et s’offusquer qu’un mois soit consacré à la compréhension mutuelle par l’entremise de l’histoire et de la culture, mais on ne peut pas bâtir une société équilibrée en excluant une partie de la population. Aimé Césaire disait ceci: «Tous les hommes ont les mêmes droits, mais du lot, il en est qui ont plus de pouvoirs que d’autres. Là est l’inégalité.»

Je ne réfute pas l’idée que nous sommes tous humains et que la couleur ne devrait pas être un baromètre, mais la discrimination ne semble pas du même avis puisqu’il existe manifestement des disparités qui touchent en proportion plus grande certain.e.s citoyen.ne.s. La pensée égalitariste noie les conséquences et évite qu’on lutte adéquatement pour combattre les causes.

Pendant que certain.e.s se questionnent sur la pertinence d’un mois consacré à l’histoire des Noirs, d’autres passent à l’acte 365 jours par année pour changer le cours des choses, pour améliorer les conditions de vie de leurs compatriotes et pour faire tomber les barrières systémiques et économiques.

Ils écrivent l’histoire quotidiennement dans l’ombre. Ils ne sont ni dans la victimisation ni dans l’éternelle condamnation historique. Ils sont dans l’action et vivent leur réalité au présent.

Au mois de février, ces hommes et ces femmes n’ont pas à justifier le fait de vouloir célébrer leurs accomplissements, de faire rayonner la richesse de leur héritage et de vouloir léguer un monde plus juste et plus équitable à leurs enfants. Ils n’ont pas à expliquer l’importance de la représentation positive pour leurs communautés, car ils paient le prix des stéréotypes qui leur collent à la peau.

Étaler la merde ne change pas son odeur. Étaler les problèmes ne les résout pas. Leur seule obligation est d’accomplir des actions pour abattre les murs des préjugés, de la discrimination et du racisme.

Il n’y a de ghetto que là où l’homme refuse d’entrer physiquement, émotionnellement ou intellectuellement. Martin Gray, dans Le livre de la vie, partageait cette pensée: «Pour comprendre l’autre, il faut le voir, imaginer qu’on est à sa place. Il faut sortir de soi, de ses rêves. Voir le réel tel qu’il est.»

Les ghettos de la pensée font des ravages dans notre humanité, qu’on le veuille ou non.

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