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05:00 9 mars 2020 | mise à jour le: 9 mars 2020 à 14:25

La plus grande étude sur les LGBTQ+ menée à l’UQAM

La plus grande étude sur les LGBTQ+ menée à l’UQAM
Photo: Oleksii Hrecheniuk\123rf

Des chercheurs de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) mènent la plus grande étude sur la communauté LGBTQ+ de la province à ce jour, afin de découvrir comment ses membres vivent l’exclusion au quotidien.

Grâce à plusieurs dizaines d’entrevues et un questionnaire en ligne qui rejoindra des milliers de personnes, l’enquête SAVIE de la Chaire de recherche sur l’homophobie espère peindre un portrait réaliste cette communauté.

«Avant, il y a 20 ou 30 ans, on parlait seulement des gais et des lesbiennes, mais aujourd’hui c’est beaucoup plus inclusif, comme l’acronyme LGBTQ+ le démontre, souligne Line Chamberland, cotitulaire de la Chaire et directrice de l’étude. La réalité a aussi beaucoup changé. Par exemple, auparavant il y avait très peu d’avantages à se dévoiler dans son milieu professionnel. Désormais, c’est possible dans certains cas d’être accepté à son travail, peu importe son orientation ou son genre.»

Intersectionnalité

En effet, l’intersectionnalité est primordiale dans cette enquête, selon l’universitaire. Le principe vise à intégrer des gens de divers horizons, telles les personnes racisées, vivant avec un handicap ou en situation d’itinérance.

«Prenons l’exemple des personnes racisées. Elles peuvent connaître de l’homophobie dans leur communauté, mais aussi du racisme au sein de groupes LGBTQ+. Il faut souvent que ces personnes se tissent un réseau personnel, parfois sur internet», mentionne Mme Chamberland.

Ces personnes, souvent plus à risque de vivre dans l’isolement, craignent plus fréquemment dévoiler leur identité sexuelle ou de genre.

Pour Martin Blais, chercheur responsable du volet sondage en ligne, l’enquête pourrait permettre d’améliorer le sentiment d’appartenance ressenti par les membres de la communauté LGBTQ+ au travail, en famille, dans leur voisinage grâce au partage de leurs expériences.

«On vise à sensibiliser les institutions pour qu’il y ait des changements, car quand il y a des directives explicites, les gens se sentent plus soutenus», indique-t-il.

M. Blais veut aborder les moments ou ces personnes ont vécu de l’exclusion, mais aussi de l’inclusion.

«C’est une chose de ne pas connaître de discrimination, mais c’en est une autre de se sentir inclus. C’est pour cela qu’on désire en apprendre plus sur les expériences positives des gens», affirme M. Blais.

Changer les politiques publiques

Selon Christian Tanguay, directeur général du Centre communautaire LGBTQ+ de Montréal, cette étude apporte des avenues intéressantes.

«Pour les décideurs publics, c’est parfois difficile de se faire une idée d’où placer des fonds. Avec une trame narrative basée sur des faits scientifiques, c’est beaucoup plus aisé de les convaincre d’investir dans les organismes [qui soutiennent les communautés LGBTQ+]», explique-t-il.

En mettant en relief des enjeux jusqu’à présent méconnus des élus, cette enquête permettrait d’aller chercher un financement dont ont désespérément besoin ces groupes.

«D’un territoire à l’autre, c’est complètement disparate. Par exemple, le Centre communautaire LGBTQ+ de Toronto a 46 employés et un important financement qui provient du niveau municipal, tandis que notre organisme à Montréal n’a que 7 employés et très peu d’argent qui vient de la Ville. On n’est pas au même niveau», soutient M. Tanguay.

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