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Environnement: le budget Girard est-il vraiment «vert» ?

Eric Girard
Le ministre des Finances, Éric Girard. Photo: Philippe Ruel/Métro
Henri Ouellette Vézina

Contrairement à ce que plusieurs élus ont laissé entendre, le budget du gouvernement Legault déposé hier à l’Assemblée nationale n’est pas réellement «vert», conclut une experte en mobilité et en environnement. Si Québec démontre de belles choses pour attirer l’attention sur les transports collectifs, le virage nécessaire en matière de réduction des GES serait encore loin d’être entamé.

«On ne peut pas vraiment dire que c’est un budget vert, explique à Métro la professeure de l’UQAM, Florence Junca-Adenot. Il est certes plus vert que d’autres par le passé, mais il en manque encore beaucoup. Il n’y a rien pour décourager l’usage de l’auto-solo, par exemple, qui est la principale cause de congestion.»

Québec manque relativement de poigne à l’égard de plusieurs enjeux environnementaux, dont la crise du recyclage et le gaspillage. «Ça fait partie du défi environnemental en ce moment, mais je ne vois rien de majeur dans le budget pour s’y attaquer», considère la spécialiste.

Dans son Plan québécois des infrastructures 2020-2030 (PQI), le fait que la CAQ prévoit d’investir deux fois plus dans les infrastructures routières que dans les transports collectifs est très symptomatique de ce manque à gagner, d’après Mme Junca-Adenot. «Il n’y a rien qui est fait pour atteindre cet équilibre. Les sommes annoncées pour la mobilité durable sont trop souvent sur le long-terme. On parle d’études, et non de voies réservées, de stationnements incitatifs, bref de mesures pour changer les comportements», dénonce-t-elle.

Des caps à atteindre

En principe, le gouvernement doit augmenter l’offre de service de transport collectif de 5% annuellement, selon les objectifs fixés dans la Politique de mobilité durable. «Ça non plus, je ne vois rien pour le réaliser dans les prochaines années», renchérit l’enseignante.

Chose certaine: Québec ne peut plus ignorer la situation, dit l’expert en communication politique de l’Université Laval, Thierry Giasson.

«Il y a un débat public à mettre en place sur les actions pour répondre à la crise, que le gouvernement reconnaît aujourd’hui. Ce n’était pas le cas en 2012, ni en 2014. Il y a vraiment quelque chose qui s’est cristallisé. L’écoanxiété grandissante dans la population, ça contribue à mettre l’enjeu à l’avant-plan.» -Thierry Giasson, spécialiste en communication politique

D’ailleurs, le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, doit dévoiler d’ici peu son Plan d’électrification et de changements climatiques (PECC). Bien ficelé, celui-ci pourrait changer la donne. «J’espère que des mesures significatives viendront avec ce plan très attendu», dit Mme Junca-Adenot.

 «Vert du côté pile, noir du côté face»

Malgré ses investissements imposants pour la lutte aux changements climatiques, le gouvernement Legault n’est «pas à la hauteur» des besoins de l’urgence, soutient également un regroupement de citoyens et d’acteurs du milieu de l’éducation.

«On nous propose un budget vert du côté pile, mais noir du côté face», avance la porte-parole du mouvement Une Planète, Carole Dupuis. Elle dit pour sa part craindre que le PECC «témoigne des mêmes contradictions, en mettant de l’avant tout un train de mesures sans avoir l’ambition nécessaire».

«La décennie qui commence déterminera si on réussira ou non à endiguer l’emballement climatique. On n’a plus le temps d’avancer moins vite qu’on le pourrait.» -Carole Dupuis, du mouvement Une Planète

Pour la professeure au Centre de recherche et d’éducation à l’environnement, Laurence Brière, la campagne de sensibilisation sur la transition écologique dans les écoles – financée à hauteur de 830 000$ – est la bienvenue. Mais il faut aller plus loin encore.

«Les acteurs des milieux de l’éducation croient essentiel que le Québec se dote d’une réelle stratégie intersectorielle d’éducation et de dialogue social pour aborder la crise environnementale», avance-t-elle.

Budget et élus mitigés

En présentant son plan d’économie verte de 6,7 G$, mardi, le ministre des Finances Éric Girard a soutenu «qu’il s’agira du plus important chantier environnemental de l’histoire du Québec».

«On se donne les moyens financiers pour atteindre la cible de réduction des GES de 37,5% d’ici 2030.» -Éric Girard, ministre des Finances

Les partis d’opposition ont toutefois vivement contesté cette vision, d’autant plus que 4,1 G$ de l’enveloppe totale proviennent en réalité du Fonds vert, renommé le Fonds d’électrification et des changements climatiques.

«C’est de la poudre aux yeux. Il n’y a rien de nouveau», a entre autres martelé l’ancien ministre des Finances, Carlos Leitao.

Même son de cloche pour la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, pour qui «ceci n’est pas un budget vert» mais un «budget d’écoblanchiment comptable».

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