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Tourisme: les gouvernements appelés à prévoir la crise «à plus long terme»

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Les ministres Chantal Rouleau et Caroline Proulx présentaient la nouvelle signature Bonjour Québec, dimanche dernier. Photo: Pablo Ortiz/Métro

Si les mesures annoncées par Ottawa et Québec pour soutenir l’industrie du tourisme sont réjouissantes, elles négligent toutefois un pan important du secteur: sa relance post-pandémie, sur plusieurs années. C’est du moins ce qu’a souligné l’Association de l’industrie touristique du Canada (AITC) mardi, en appelant les autorités à garantir la survie à long terme des entreprises.

«On apprécie l’oreille attentive des autorités, c’est certain, mais ça reste du court-terme. Il faudrait envisager des programmes sur 24 mois. Ça donnerait une chance aux entreprises de passer à travers l’hiver, et de revenir les reins forts en 2021 pour engager plus de monde», explique à Métro le porte-parole de l’AITC, John Dunn.

Le plus gros problème, ajoute-t-il, est que les rouages de l’industrie touristique sont trop souvent «méconnus» dans la population en général.

«On représente 900 000 personnes, mais réparties à travers le pays. Il n’y a pas une place en particulier où on peut dire qu’il y a une perte d’emplois majeure. C’est plus dur pour nous de faire réaliser au monde que tout le monde est en train de souffrir.» -Johh Dunn, de l’AITC

30 M$ de plus, exit le tourisme international

Mardi, la ministre fédérale du Développement économique, Mélanie Joly, annoncera à Sherbrooke un investissement supplémentaire de 30 M$ pour soutenir 500 entreprises québécoises. Ottawa affirme que cette aide servira surtout à «adapter les installations pour respecter la distanciation sociale et les normes sanitaires», mais aussi à lancer des campagnes de publicité et ainsi maximiser les revenus.

Au cabinet de Mélanie Joly, on indique que l’objectif est aussi de s’attaquer à la baisse de revenus due à la taxe sur l’hébergement. Exit les touristes étrangers, il faudra cet été «attirer des Ontariens, des Néo-Brunswickois, bref des Canadiens intéressés par le Québec», dit-on.

Hier, alors que de plus en plus de lignes aériennes réclament une réouverture des frontières, le premier ministre Justin Trudeau s’est montré prudent.

«Tous ces gens doivent comprendre que si on prend des actions trop rapidement, on risque de retomber dans une deuxième vague. On risque de devoir refermer l’économie, de reconfiner, et personne ne veut ça.» -Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Or, tout est une question d’équilibre, rétorque John Dunn. «C’est super qu’il y ait cet incitatif au voyage local, mais à la fin de la journée, on va avoir besoin de touristes de partout dans le monde. La réalité, c’est qu’ils dépensent beaucoup plus que les locaux», avance-t-il.


Un «Bonjour Québec» national?

Dimanche, la ministre provinciale du Tourisme, Caroline Proulx, dévoilait les 3 mesures phares de son plan de relance touristique de 750M$, annoncé le 11 juin dernier. Des forfait avantageux «Explore Québec» ont notamment été mis en vente sur la nouvelle plateforme BonjourQuébec.com, qui a pour but d’offrir des incitatifs en masse au voyage local. «Nous donnons un nouvel élan à notre destination et lançons le message que l’industrie touristique est fin prête à renouer avec les Québécois et, éventuellement, les touristes d’ailleurs», avait dit Mme Proulx.

Pour l’AITC, il serait «intéressant» de regarder comment augmenter les subventions au voyage domestique, «un peu comme un Bonjour Québec, mais à une échelle nationale». «Ça aiderait vraiment à stimuler l’industrie du tourisme sur toutes les saisons, même l’hiver», dit M. Dunn.

Selon lui, Ottawa et Québec pourraient aussi imaginer un programme de subvention salariale pour que les entreprises puissent réembaucher du personnel à l’année. «Il faudrait enfin regarder la possibilité des crédits d’impôt, pour financer certains projets de rénovation. Bref, soutenir l’industrie dans sa totalité», illustre-t-il.

Des 750 M$ promis par le gouvernement Legault, environ 446 M$ seront sous forme de prêts, remboursables après deux ans. «C’est beau de prêter 40 000$ à une compagnie, mais elle devra le repayer un bon jour. Ça créé plus d’endettement, surtout que plusieurs le sont déjà», conclut le porte-parole.

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