Ahuntsic-Cartierville
17:41 9 juillet 2020 | mise à jour le: 10 juillet 2020 à 15:55 temps de lecture: 4 minutes

L’ampleur de la nouvelle vague de dénonciation

L’ampleur de la nouvelle vague de dénonciation
Photo: Getty/iStockLes témoignages de violences sexuelles continuent de déferler sur les réseaux sociaux.

Depuis environ une semaine, les témoignages de harcèlement et différents types de violences sont légion sur les réseaux sociaux. Cette nouvelle vague de dénonciation éclabousse de plus en plus de milieux.

«Aujourd’hui est une journée importante pour moi – aujourd’hui est le jour où je laisse aller toute la douleur et le trauma que tu m’as donnés», peut-on lire dans une publication de Sabrina Comeau sur Instagram, il y a une semaine.

Plusieurs raisons ont poussé l’étudiante de l’UQAM à dévoiler l’agression sexuelle dont elle a été victime il y a plus d’un an. La femme de 21 ans savait qu’il y avait d’autres victimes du jeune rappeur.

«Si je pouvais inspirer ou juste prévenir mon entourage […] c’était ça, ma motivation», explique Mme Comeau.

Elle a tenu à nommer publiquement l’homme qui l’a violentée, sans toutefois donner les détails de l’agression, n’étant pas à l’aise et jugeant qu’ils n’étaient pas nécessaires pour être crue.

«Ç’a ouvert les esprits d’autres personnes qui ont commencé à call out [dénoncer – NDLR] des personnes dans leur entourage», souligne la résidente de l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.

Celle qui vivait jusque-là dans l’ombre a été inspirée par une influenceuse américaine, Manuela Soto, qui avait dénoncé les abus de certains artisans du milieu du tatouage.

#OnVousCroit

Dans la foulée de sa révélation, de nombreux témoignages ont entraîné une vague de solidarité sur les réseaux sociaux ainsi que la création du mot clic #OnVousCroit. On le retrouve maintenant dans plus de 600 publications, alors que des pages servant de tribune pour les victimes ont été lancées pour différentes villes du Québec, comme Montréal, Laval ou encore Trois-Rivières.

Différents milieux sont concernés, notamment les bars, la musique, même les festivals, selon Mme Comeau.

«Je ne pensais pas que ça allait prendre cette ampleur-là» -Sabrina Comeau, une des instigatrices de la vague de dénonciation

Des personnalités bien connues ont été ciblées. Maripier Morin a reconnu avoir harcelé sexuellement l’autrice-compositrice-interprète Safia Nolin. Par ailleurs, la maison de disque Grosse Boîte/Dare To Care Records a mis fin à sa relation d’affaires avec Bernard Adamus après des témoignages d’inconduites diverses. Les Sœurs Boulay ont même quitté le label après avoir pris connaissance des allégations.

De dénoncer publiquement des personnes proches de son entourage ou des personnalités publiques, «ça traduit bien la colère, cette volonté d’informer, de sortir du silence, de l’obscurité, des réalités vécues individuellement», estime la chargée de cours au département de sociologie à l’UQAM, Sandrine Ricci.

«On veut collectiviser les expériences individuelles», souligne celle qui est affiliée à la Chaire de recherche sur les violences sexistes et sexuelles.

Travail à faire

Plusieurs jugent qu’il serait préférable de recourir aux tribunaux plutôt que de se faire justice sur les réseaux sociaux.

«Ça illustre que le système de justice ne répond pas encore parfaitement aux besoins des victimes ou des survivantes, et que nous, les personnes qui travaillent dans le milieu de la justice, on a encore du travail à faire», dit la directrice générale de Juripop, Me Sophie Gagnon.

L’organisme a d’ailleurs lancé il y a un mois un programme qui permet aux victimes de violences à caractère sexuel de parler à un avocat gratuitement.

Les statistiques parlent d’elles-mêmes, estime Sandrine Ricci, alors que moins de 10% des victimes de violences sexuelles s’engagent dans une démarche de plainte officielle.

D’ailleurs, Sabrina Comeau n’a pas l’intention de se tourner vers le système judiciaire, parce qu’il a «failli dans ce genre de situations».

Pour obtenir de l’aide: 1 855-JURIPOP ou contacter un Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel et la violence à Montréal au 514 529-5252

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