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09:50 25 août 2020 | mise à jour le: 10 novembre 2020 à 14:28 temps de lecture: 7 minutes

COVID-19: peut-on tirer des leçons de la Nouvelle-Zélande?

COVID-19: peut-on tirer des leçons de la Nouvelle-Zélande?
Photo: Hannah Peters/Getty Images

Si on en apprend de plus en plus sur la COVID-19 depuis son apparition à Wuhan, en Chine, fin-2019, on peut commencer à en tirer quelques leçons sur la façon dont certains pays ont abordé et traité la pandémie. Dont au premier rang, la Nouvelle-Zélande qui a officiellement annoncé avoir vaincu la pandémie, le 8 juin, après une lutte de 103 jours.

Si on en apprend de plus en plus sur le coronavirus depuis son apparition à Wuhan, en Chine, fin-2019, on peut commencer à en tirer quelques leçons sur la façon dont certains pays ont abordé et traité la pandémie provoquée par le coronavirus SARS-CoV-2. Dont, au premier rang, la Nouvelle-Zélande qui a officiellement annoncé avoir vaincu la pandémie, le 8 juin, après une lutte de 103 jours.

La pandémie, d’abord considérée comme une «maladie infectieuse émergente», prend rapidement de l’ampleur. Les morts s’accumulent à Wuhan, la tension monte sur la planète. L’épidémie devient officiellement une pandémie le 11 mars.

Le premier cas est apparu en Nouvelle-Zélande le 26 février. Au total, la COVID-19 entraînera la contamination de 1569 personnes, dont 22 en mourront dans cette île dans le sud-ouest de l’océan Pacifique.

À Montréal, le premier cas est officiellement annoncé le vendredi 28 février par la ministre de la Santé de l’époque, Danielle McCann. La «dame dans la région de Montréal» revient d’un voyage en Iran après une escale à Doha, au Qatar. Elle s’est présentée d’elle-même dans une clinique médicale de la région à la suite de l’apparition de «symptômes légers», rapport Métro à l’époque. Plus tard, la voyageuse sera traitée à l’hôpital de Verdun.

Ce même jour, le ton du président Trump est optimiste tandis que l’OMS estime désormais à «très élevé» les risques d’épidémie mondiale, rappelle Radio-Canada. La suite confirmera que le milliardaire avait tord. Avec plus de 5 600 107 cas confirmés et 174 761 morts, les États-Unis payeront un lourd tribut pour ne pas «avoir écouté la science».

Au Québec, comme en Nouvelle-Zélande, on prépare les hôpitaux à recevoir les personnes atteintes du coronavirus. L’île réorganise son réseau des soins, équipe le personnel soignant. Mais surtout, le gouvernement de l’île prépare sa population, qui se sait bien fragile à l’égard d’un virus si contagieux. Car depuis février, se basant sur la science et sur l’expérience d’autres pays, on sait que le virus s’apparente davantage au SRAS qu’au virus grippal.

«Malgré l’isolement géographique de la Nouvelle-Zélande, nous savions que l’introduction du SRAS-CoV-2 était imminente en raison du grand nombre de touristes et d’étudiants qui arrivent dans le pays chaque été, principalement d’Europe et de Chine continentale. Nos modèles […] indiquaient que nous pouvions nous attendre à ce que la pandémie se propage largement, submerge notre système de soins de santé et accable de manière disproportionnée les peuples autochtones maoris et du Pacifique», expliquent les experts Michael G. Baker, Nick Wilson et Andrew Anglemyer, de l’université Otago à Wellington et à Dunedin, en New Zealand, dans un article publié sur le site du The New England Journal of Medicine il y a quelques jours.

Fermetures des frontières

Puis, tout s’enchaîne très rapidement. Ottawa ferme ses frontières le 21 mars, Montréal, épicentre en devenir, déclare l’état d’urgence six jours plus tard. «Montréal a une transmission communautaire qui est bien avérée», affirme alors la directrice régionale de la Santé publique de Montréal, Dre Mylène Drouin, en conférence de presse.

En Nouvelle-Zélande, les frontières seront fermées fin-mars, soit un mois jour pour jour après la détection du premier cas. C’était une question de survie, un des éléments qui a été déterminant pour l’île dans sa victoire sur le coronavirus. Un peu plus de deux mois plus tard, le gouvernement a pu crier victoire.

La gestion la pandémie en Nouvelle-Zélande n’aurait pu s’appliquer au Québec, dit Roxane Borgès Da Silva, fellow CIRANO et professeure agrégée au Département de gestion, d’évaluation et de politique de santé de l’École de santé publique de l’Université de Montréal, et présidente de l’Association canadienne pour la recherche sur les services et politiques de santé (ACRSPS).

Premièrement, le tempérament et la culture des Québécois ne sont pas les mêmes que chez les Néozélandais, qui ont une grande confiance dans leurs dirigeants. De plus, comme ils sont autosuffisants sur plusieurs points, il leur est plus facile de vivre coupés du reste du monde. «Le Québec, multi ethnique et cosmopolite, traite avec plusieurs partenaires pour s’approvisionner. Cela rend difficile la fermeture des frontières», rappelle la spécialiste.

Puis, au début d’avril, l’île est confinée, la population doit rester chez elle, en isolement. Cela durera cinq semaines, assorti de deux semaines de sûreté. Jamais on a ordonné le port du masque.

Une dirigeante empathique

«Il y a plusieurs leçons à tirer de la riposte de la Nouvelle-Zélande à la pandémie, résument les professeurs de l’université Otago. Une évaluation rapide et scientifique des risques liée à une action gouvernementale précoce et décisive était essentielle.

«La mise en œuvre d’interventions à différents niveaux (mesures de contrôle aux frontières, mesures de contrôle de la transmission communautaire et mesures de contrôle basées sur les cas) a été efficace.

«La première ministre Jacinda Ardern a assuré un leadership empathique et a communiqué efficacement des messages-clés au public – encadrant la lutte contre la pandémie comme le travail d’une «équipe unifiée de 5 millions de personnes» – ce qui a abouti à une grande confiance du public et à l’adhésion à une série de mesures de lutte contre la pandémie relativement lourdes.»

Au Québec, on a eu des messages contradictoires, estime Mme Da Silva, au sujet des consignes de la Santé publique, notamment du port du masque, ce qui a nuit à la crédibilité du gouvernement.

Les grands perdants

Aujourd’hui, la Nouvelle-Zélande en est au stade post-élimination. Les rares cas qui surviennent sont attribuables à des voyageurs internationaux. Chaque cas est pris rapidement en charge par le gouvernement pendant 14 jours, afin de ne pas compromettre «le statut d’élimination du pays».

Pour Mme Da Silva, les grands perdants, ici comme en Nouvelle-Zélande, ont été les malades, particulièrement ceux en attente d’une chirurgie, comme les cancéreux. «Les personnes de 40 ans qui devaient être opérées ont subi un stress énorme [avec la réorganisation des hôpitaux]. Et parmi elles, il y a peut être des parents qui ne pourront jamais voir grandir leurs enfants… À 40-50 ans, une fois guéris du cancer, on peut contribuer encore à l’enrichissement de la société.»

En tant que société, poursuit l’universitaire, il faudra se questionner sur les choix qu’on souhaite faire dans le cas d’une deuxième vague, à savoir protéger des aînés vivant en CHSLD dont l’espérance de vie moyenne est de 18 mois ou sauver des malades dont l’espérance de vie est encore de quelques décennies? Ce sont des questions difficiles à poser, avoue Mme Da Silva, qui ne veut surtout pas qu’on en arrive à devoir choisir à qui iront les derniers respirateurs disponibles, comme ce fut presque le cas en Italie au pic de la pandémie.

Pour visualiser les cas de coronavirus dans monde quasiment en temps réel, voir la mappemonde de l’Université Johns Hopkins.

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