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05:00 26 octobre 2020 | mise à jour le: 26 octobre 2020 à 08:11 temps de lecture: 4 minutes

Mot en N: «Je m’excuse auprès de ceux que j’ai blessés», dit la prof

Mot en N: «Je m’excuse auprès de ceux que j’ai blessés», dit la prof
Photo: Capture d'écranVerushka Lieutenant-Duval, la professeure de l’Université d’Ottawa réprimandée pour avoir prononcé le mot en N

Sur le plateau de TLMEP, dimanche, la professeure ayant provoqué un tollé après avoir prononcé le mot en N durant un cours universitaire s’est excusée en direct. Plusieurs personnes de la communauté noire ont ensuite rappelé le poids «déshumanisant» d’un tel terme. 

Verushka Lieutenant-Duval, la professeure de l’Université d’Ottawa réprimandée pour avoir prononcé le mot en N, est revenue sur l’une des affaires les plus débattues dans l’espace médiatique ces derniers jours. 

«Je m’excuse auprès de toute personne que mon utilisation de ce mot-là a pu blesser. Ce n’était vraiment pas mon intention.» – Verushka Lieutenant-Duval

Rappelons que la professeure a utilisé ce mot pour expliquer le concept de réappropriation par un groupe d’un mot d’abord utilisé pour l’insulter. À l’instar du mot «queer» que s’est réapproprié la communauté homosexuelle. 

«Ma première réaction a été de m’excuser, raconte Mme Lieutenant-Duval, après avoir reçu le courriel d’une étudiante lui faisant part de son malaise. Nous avons eu des échanges très courtois. Je ne comprends pas son geste.» 

Plus tard, la jeune femme choquée dénoncera la situation sur les médias sociaux, en plus de partager les coordonnées personnelles de l’enseignante. 

Des 45 étudiants qui l’avaient pour professeure dans ce cours-là, Mme Lieutenant-Duval n’en a désormais plus qu’une seule. 

Un débat sur la place publique

Bien que visiblement ébranlée par l’affaire, Mme Lieutenant-Duval se réjouit néanmoins que le débat soit discuté par l’ensemble de la société, y compris les politiciens. 

Rappelons que tous les partis québécois ont manifesté leur soutien à la professeure d’Ottawa. Le premier ministre du Canada Justin Trudeau a quant à lui rappelé l’importance d’être conscient de la portée des mots. 

«C’est très difficile pour moi mais au moins le débat est sur la place publique. Si cela peut permettre à plus de personnes noires ou issues de la diversité d’accéder à des postes universitaires, je serais contente.» Verushka Lieutenant-Duval

Quant à savoir, s’il fallait ou non continuer de nommer les oeuvres contenant ce mot, la professeure a déclaré être en réflexion. 

«Je pense que ça va être assez intéressant pour les historiens de l’art d’examiner cette période vraiment étrange qu’on traverse en ce moment.» 

La même douleur en français et en anglais

Pour la journaliste Vanessa Destiné, non seulement le mot en N «suinte le mépris» mais il possède la même charge émotionnelle, en anglais et en français. 

«Pour la personne qui reçoit le mot en pleine face, c’est exactement la même douleur, la même souffrance», a-t-elle déploré sur le plateau de TLMEP.

«Quand on dit que c’est moins grave en français, c’est faire fi de l’histoire de la colonisation française. Ou de celle de la Belgique également. Le processus d’esclavage n’est pas propre aux Américains. C’est un héritage avec lequel la France a du mal à composer en général». 

Pour le rappeur québécois Webster, il est important de dire que ce mot-là appartient également à l’Histoire québécoise. 

«C’est comme ça qu’on appelait les esclaves quand on voulait les vendre dans la Gazette de Québec ou de Montréal. Au Québec, il y avait de la ségrégation aussi, pas à travers des lois mais à travers les faits. Les gens n’avaient pas accès aux mêmes hôtels.»- Webster 

Le rappeur a insisté sur le «poids déshumanisant» dont est chargé le mot. À savoir s’il était possible d’en discuter dans un cadre universitaire, Webster a déclaré qu’il fallait faire attention. 

«Il y a plusieurs mots comme ça qu’on est capables de passer sous silence. Il n’y a pas de débat à avoir face à l’utilisation de ce mot-là», a-t-il conclu. 

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