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15:41 8 décembre 2020 | mise à jour le: 8 décembre 2020 à 21:20 temps de lecture: 4 minutes

Pierre Fitzgibbon de nouveau blâmé par la commissaire à l’éthique

Pierre Fitzgibbon de nouveau blâmé par la commissaire à l’éthique
Photo: Gracieuseté/Cercle canadien de MontréalLe ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon

Pour la deuxième fois en à peine un mois, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, se fait taper sur les doigts pour des manquements éthiques. La commissaire à l’éthique de l’Assemblée nationale recommande dans un rapport que l’élu écope d’une nouvelle sanction.

Le nouveau document, déposé mardi, suit un premier rapport remis fin octobre par la commissaire, Ariane Mignolet. Dans celui-ci, elle recommandait que l’Assemblée nationale remette un blâme symbolique à M. Fitzgibbon parce que son indépendance s’était vue «influencée» dans des relations avec un ami-lobbyiste.

Le 12 novembre, les élus du Parlement s’était prononcés à quasi-unanimité en faveur de cette réprimande. M. Fitzgibbon était alors devenu le premier élu ministériel à recevoir une sanction pour manquements au Code.

La commissaire en ajoute dans son rapport déposé cette semaine. Selon les nouvelles informations publiées, le ministre aurait commis trois manquements éthiques et déontologiques de plus. En premier lieu, rapporte Mme Mignolet, il «a omis de disposer de ses intérêts [dans trois entreprises hors bourses] dans le délai qui lui était imparti».

«Se conformer […] peut parfois impliquer certains sacrifices financiers de la part d’un élu.» – extrait du rapport de la commissaire à l’éthique et à la déontologie

Dans un autre dossier, M. Fitzgibbon aurait demandé à un responsable de la société d’État Investissement Québec «de refuser une demande d’aide financière déposée par une entreprise dans laquelle il détient des intérêts dont il ne veut pas se départir».

«Cet événement a eu lieu alors que le Ministre se savait sous enquête relativement à sa détention d’intérêts dans cette entreprise et que la commissaire l’avait explicitement avisé de ne pas le faire», peut-on lire dans le nouveau rapport du Commissaire.

Échanges tendus

Les révélations ne s’arrêtent pas là. Dans son rapport, Mme Mignolet rend publics des échanges de courriels qu’elle a eu avec le ministre, alors sous enquête. En premier lieu, M. Fitzgibbon écrit n’être «pas content» avec le processus d’enquête de la commissaire. Sa portée, ajoute-t-il, va «trop loin».

Après avoir été averti de l’élargissement de l’enquête à son endroit, M. Fitzgibbon renchérit.

«Malheureusement la teneur de votre message confirme mes vues sur les compétences de votre organisme en matières de corruption et enquête de conflit d’interêts dans les affaires économiques et commerciales au Québec. Triste constat pour le développement du Québec», peut-on lire.

En réaction, la fait d’ailleurs entendre des mots durs à l’endroit du député de Terrebonne, élu en 2018.

«Son manque de collaboration et sa volonté de se conformer à sa propre interprétation des règles, et non son inexpérience, ont mené aux manquements dont il est question dans ce rapport», statue-t-elle.

Changements au Code?

En mêlée de presse, quelques heures après le dépôt du rapport, M. Fitzgibbon a reconnu ses manquements. Il ne quittera pas la vie politique, a-t-il maintenu, malgré le peu d’alternatives qu’il considère détenir comme ex-homme d’affaires en politique.

«J’ai mis en place il y a plus d’un an des mesures appropriées pour que mes intérêts soient conservés de façon totalement indépendante de mon travail politique», a-t-il assuré.

Pour sa part, François Legault ne croit pas qu’il votera pour un blâme de l’Assemblée nationale une deuxième fois. Il avait accepté la première sanction en novembre. Le premier ministre appuie d’ailleurs les ambitions de son ministre à modifier le Code d’éthique et de déontologie des membres de l’Assemblée nationale.

«C’est un sujet délicat, on veut le faire avec les partis d’opposition. Mais ce n’est pas normal qu’une personne qui détienne des placements dans des entreprises privées, des placements qu’elle ne peut pas vendre, ne puisse pas venir travailler au gouvernement», a avancé M. Legault.

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