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05:00 2 mars 2021 | mise à jour le: 2 mars 2021 à 16:57 temps de lecture: 4 minutes

Une année 2020 marquée par les violences conjugales

Une année 2020 marquée par les violences conjugales
Photo: Mario Beauregard/MétroUn véhicule autopatrouille de la Sûreté du Québec (SQ). En 2020, la SQ a ouvert plus de 7000 dossiers de violence conjugale.

Les cas de violences conjugales ne cessent de grimper au Québec. En 2020, la Sûreté du Québec (SQ) a ouvert plus de 7000 dossiers en la matière. Et les premiers mois de 2021 ne laissent présager rien de bon, avancent des organismes.

Selon des statistiques obtenues par Métro auprès du corps de police provincial, le nombre de cas de violence conjugale augmente systématiquement depuis six ans. En 2015, 6200 dossiers étaient ouverts à la SQ. En 2020, c’était pratiquement 900 de plus.

Le nombre de violences «intrafamiliales» suit la même tendance. La SQ rapporte par ailleurs neuf vies perdues dans des homicides conjugaux.

Nous avons tenté d’obtenir ces données chez différents services de police municipaux, sans succès. La plupart d’entre eux nous ont référé à des demandes d’accès à l’information.

Selon la directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes (FMHF), Manon Monastesse, les chiffres fournis par la Sûreté ne sont qu’une goutte dans l’océan des violences faites aux femmes.

«Historiquement, on sait qu’au Service de police de la Ville de Montréal, 30% des interventions sont liées à des violences conjugales, souligne-t-elle. Et la pandémie a été un terrain fertile pour les conjoints violents.»

«Pendant le confinement, on a reçu dans les maisons d’hébergement des femmes qui avaient subi des violences beaucoup plus sévères. Ce qu’on voyait de moins en moins parce qu’elles venaient plus rapidement vers nous.» – Manon Monastesse, directrice générale de la FMHF

Alerte 2021

L’année 2021 ne s’amorce pas du bon pied, constate Mme Monastesse. Au cours du mois de février, au Québec, au moins trois femmes auraient perdu la vie aux mains d’ex-conjoints violents. Elisapee Angma, Marly Édouard et Nancy Roy avaient tous tenté d’attirer les regards sur les dangers qui se présentaient.

Coresponsable des dossiers politiques au Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, Louise Riendeau craint que les vies de plus en plus de femmes soient mises en danger dans les prochains mois.

«Notre appréhension, c’est qu’à partir du moment où on lève les consignes sanitaires, on voie une résurgence. Est-ce qu’on va se retrouver avec une épidémie d’homicide?», s’interroge-t-elle.

C’est que, renchérit Manon Monastesse, le moment de la séparation est le plus dangereux.

«C’est quand le conjoint réalise qu’il va perdre son emprise que le risque devient plus présent», explique la principale porte-parole de la FMHF.

Assez de soutien aux maisons?

En décembre dernier, le Comité d’examen des décès liés à la violence conjugale émettait son premier rapport annuel. Ce nouveau regroupement affilié au Bureau du coroner présentait 28 recommandations au gouvernement du Québec afin de freiner la perpétuation de ce phénomène dans la province.

Pour Louise Riendeau, le temps est venu que le gouvernement de François Legault se donne les moyens de ses ambitions. «Ce qu’on a reçu comme sommes au budget de mars 2020, ça équivaut au quart des besoins des maisons», exemplifie-t-elle.

À la FMHF, on exige du même coup que la ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, bénéficie de la marge de manoeuvre pour apporter les changements nécessaires au système.

«On a une ministre responsable. Ça fait des années qu’on demande qu’il y ait un réel ministère de la Condition féminine», affirme Mme Monastesse.

Le 15 décembre, un autre rapport, chapeauté par les quatre partis politiques représentés à l’Assemblée nationale, pressait le gouvernement Legault de mettre sur pied un «Secrétariat à la coordination et à l’intégration des actions en matière de violences sexuelles et conjugales».

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