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16:48 28 février 2021 | mise à jour le: 28 février 2021 à 18:20 temps de lecture: 5 minutes

Investissements réclamés en logement pour femmes victimes de violence

Investissements réclamés en logement pour femmes victimes de violence
Photo: GracieusetéLe FRAPRU et l'Alliance MH2 ont tenu un point de presse dimanche, à Montréal.

À l’approche de l’annonce du prochain budget provincial, le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) et l’Alliance des maisons de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale (Alliance MH2) ont sommé le gouvernement de François Legault d’investir en logement social afin de venir en aide aux femmes victimes de violence conjugale.

En point de presse à Montréal, dimanche, les deux regroupements ont exigé la construction de 50 000 logements sociaux sur cinq ans. Ils souhaitent aussi assurer la livraison de 106 unités en maisons d’hébergement de 2e étape. Logements sécuritaires et confidentiels, ils permettent aux femmes, venant de quitter un hébergement d’urgence, d’y séjourner pendant environ un an.

«Le plan d’action en violence conjugale date de 2018. Le gouvernement s’engageait à développer le réseau des ressources de 2e étape. Le Québec a connu trois meurtres [conjugaux] au cours des dernières semaines alors que le projet est bloqué depuis un an et demi. Les maisons de 2e étape sont des logements sociaux. Il n’y a pas de développement de ce type au Québec», avance la coordonnatrice politique de l’Alliance MH2, Gaelle Fedida.

La pandémie et la crise du logement auraient envenimé la situation pour les femmes victimes de violence.

«Déjà en 2016, c’étaient plus de 248 000 ménages locataires dont le principal financier était une femme qui dépensait plus de 30% de ses revenus pour se loger, avec un revenu annuel médian de seulement 19 624$. Alors que les loyers explosent, on peut se demander comment font les femmes aujourd’hui et particulièrement celles victimes de violence conjugale», s’inquiète la responsable des dossiers Femmes au FRAPRU, Céline Magontier.

Maisons d’hébergement

Selon une étude menée par Hébergement Femmes Canada, plus d’une maison d’hébergement sur deux aurait constaté une augmentation de la gravité de la violence subie par les femmes canadiennes qu’elles desservent depuis le début de la pandémie.

Déjà pour l’année 2019-2020, le taux de refus des demandes d’hébergement auprès des maisons membres de l’Alliance MH2 aurait atteint 75% à Montréal. Le pourcentage dans les régions où le service existe est de 37%.

«Le manque à combler est énorme, s’insurge Mme Fedida. Au-delà des refus dans les régions où les services existent, la Mauricie, Lanaudière, les Laurentides, l’Outaouais et l’Abitibi-Témiscamingue ne sont carrément pas desservies. C’est inacceptable ! Tous les 10 jours, une femme est victime d’une tentative de meurtre dans un contexte conjugal au Québec».

Cette dernière avertit que la crise sanitaire rend les besoins urgents.

«Si rien n’est fait, de trop nombreuses femmes vont continuer à être prisonnières de leur bourreau. Elles verront leur vie mise en danger. Ceci est d’autant plus vrai dans un contexte de confinement. L’accès des femmes aux lignes d’aide est limité sous le regard constant de leur agresseur. Ça prend du logement social et vite», soutient Mme Fedida.

Investissements demandés

Les deux regroupements souhaitent en outre voir le gouvernement Legault investir massivement dans un «grand chantier» de logements sociaux.

«Que ce soient les HLM, les coopératives ou encore les OSBL d’habitation, les femmes sont grandement majoritaires parmi les locataires de logements sociaux au Québec. Or, seules 66% des femmes suite à leur séjour en maison de 2e étape, ont trouvé un logement correspondant à leur capacité de payer en 2019-2020. Sur ce nombre, 45% vivent en logement social et seulement 21% en logement régulier».

– Céline Magontier

L’Alliance MH2 regroupe et représente les maisons d’hébergement de 2e étape. En 2019, les 24 membres de l’Alliance ont hébergé 512 personnes (223 femmes et 289 enfants) en danger de violence.

Demandes des villes

Les Villes de Montréal, Québec et Gatineau ont aussi récemment pressé Québec d’investir des centaines de millions en logement social. La pandémie aurait exacerbé les besoins, ont affirmé les maires de ces villes en conférence de presse, le 19 février.

De son côté, la Ville de Montréal a réclamé 200 M$ pour réaliser 1500 logements sociaux en un an. Sans cet investissement, Montréal ne pourrait atteindre sa cible d’aménager 6000 logements sociaux d’ici décembre, selon la mairesse Valérie Plante.

L’automne dernier, Québec et Ottawa avaient indiqué avoir signé une entente de principe en matière d’habitation. S’élèvant à 3,7 G$, elle ne prévoit que 540 M$ sur 10 ans pour de nouvelles unités selon Mme Plante. Les nouvelles unités seraient construites via le programme AccèsLogis,

Le cabinet de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation affirme que Québec dévoilera ses intentions en présentant son budget.

«Ceci étant dit, nous sommes évidemment sensibles à la situation des femmes victimes de violence conjugale. Nous sommes déjà en mode action pour construire rapidement plus de logements adaptés pour celles-ci.  Quelque 357 logements pour les victimes de violence conjugale sont en développement. Nous avons aussi annoncé, en janvier, la construction de 136 nouvelles unités d’ici le printemps 2022», lit-on dans un courriel envoyé à Métro.

La «majorité» de ces logements seraient des ressources de 2e étape.

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