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Pénuries en enseignement: C’est vrai que c’est gênant

Dalila Awada
Photo: Métro

Avez-vous vu jeté un œil à la page Facebook C’est gênant, M. Roberge ? De courts témoignages d’enseignant.es du secteur public y sont publiés. Le concept de la page est génial parce que des situations totalement abracadabrantes, vécues dans le cadre de leur travail, sont mises en lumière alors qu’elles passent trop souvent inaperçues.

Les professeur.es québécois.es sont nombreux/ses à partager leur fatigue sur les réseaux sociaux. On constate rapidement à quel point leurs conditions de travail sont intenables, voire carrément absurdes.

Les problèmes sont infinis : pénurie d’enseignant.es et d’intervenant.es spécialisé.es ; insalubrité ; infestation de souris et de coquerelles ; manque d’espace (un bureau dans un garde-robe !?) ; manque de reconnaissance ; charges de travail irréalistes ; des budgets ridicules pour l’achat de matériel (des profs se retrouvent à payer de leur propre poche)…

Toutes ces histoires s’accumulent à la pelle et montrent qu’elles ne relèvent pas de l’anecdote. Le portrait qui se dégage n’est pas très flatteur pour le Québec.

Cette situation désastreuse ne date pas d’hier. Les problèmes qui sont aujourd’hui décriés s’expliquent entre autres par le fait que le réseau public cumule plusieurs années de sous-financement. Nombreux l’ont dit, la pandémie, comme dans le cas du système de santé, agit comme un révélateur de tous ces problèmes.

De l’extérieur, la mauvaise posture dans laquelle se trouve le réseau des écoles publiques peut sembler incompréhensible. Après tout, François Legault n’a cessé d’affirmer que l’éducation était la priorité du gouvernement caquiste et les chiffres présentés dans le dernier budget peuvent sembler impressionnant.

Mais cette augmentation n’est pas si significative et demeure insuffisante.

« Cet argent investi en éducation n’améliore pas les conditions de travail des profs. Le gouvernement fait des investissements qui contournent les enjeux centraux, il s’attarde au périphérique, ou choisit des mesures à la pièce et adaptée à l’air du temps, comme c’est le cas pour le virage numérique », explique Marianne Di Croce, professeure de philosophie au cégep et chercheuse-associée à l’IRIS.

D’ailleurs, à en juger par les nombreux témoignages, le ministre de l’Éducation ne fait pas seulement des propositions insatisfaisantes mais il double en plus ses torts d’un affront en n’accordant pas assez d’espace ni de crédibilité aux enseignant.es et autres travailleurs/ses du milieu qui savent mieux que quiconque quels changements doivent être apportés pour redresser le réseau public et y améliorer les conditions de travail.

Dans un avis publié mardi dernier, un syndicat, la Fédération autonome de l’enseignement, critique l’approche actuelle du gouvernement. Selon elle, au lieu de privilégier le savoir des profs, le ministre tourne davantage l’oreille vers les gestionnaires.

Malheureusement, à bien des égards, la situation des professeur.es rappelle celle des personnes travaillant dans le milieu communautaire : elles sont tenues pour acquis. On s’attend à ce qu’elles fassent le travail peu importe les conditions. Après tout, il y a vocation, passion et dévouement… Mais rien de tout ça ne peut compenser les mauvaises conditions de travail ; les enseignant.es qui pensent quitter la profession, ou qui l’ont déjà fait, sont maintenant légion. Les témoignages sur Facebook ne font pas seulement rire jaune, ils serrent le cœur.

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