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05:00 9 mai 2021 | mise à jour le: 28 mai 2021 à 15:12 temps de lecture: 6 minutes

Vaccination: François Legault soigne aussi sa santé politique

Vaccination: François Legault soigne aussi sa santé politique
Photo: Ryan Remiorz/La Presse canadienneFrançois Legault se fait vacciner.

Les journées records s’accumulent dans la campagne québécoise de vaccination. Un succès qui pourrait mener bien des Québécois à avoir la piqûre pour le gouvernement de François Legault, du moins pour l’instant, estiment des experts.

«Le ciel commence à se dégager.» En prononçant ces mots le 29 avril dernier, le ministre caquiste Christian Dubé avait l’opération vaccinale en tête. Dans les deux semaines suivantes, tous les Québécois auraient l’occasion de réserver une dose.

Mais ses paroles auraient aussi pu illustrer la santé politique de son gouvernement. Vendredi, un sondage Léger donnait 46% des intentions de vote québécoises à la Coalition avenir Québec (CAQ). Une résurgence après quelques semaines un peu plus difficiles, analyse le directeur de l’Institut d’études canadiennes de McGill, Daniel Béland.

«On est dans une situation où la CAQ se dirige vers une réélection facile», lance d’emblée l’expert en sciences politiques.

Nouveaux records

Jeudi, Québec rapportait une nouvelle journée record de vaccination. En 24 heures, plus de 100 000 personnes recevaient une dose et plus de 270 000 autres en réservaient une. «La réponse des Québécois est exceptionnelle», écrivait sur Twitter le ministre Dubé, au deuxième jour de prise de rendez-vous pour les 35 à 39 ans.

Le Québec a déjà franchi les 40% de personnes vaccinées avec une première dose. Selon le ministre de la Santé, l’objectif gouvernemental de 75% est plus que jamais atteignable.

«Si la tendance se maintient, je pense qu’on va très bien. Dans chacune des catégories d’âge, une semaine après l’ouverture, on a déjà dépassé 75%», indiquait M. Dubé lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale jeudi.

Tout comme la courbe vaccinale, celle de l’opinion publique grimpe et grimpe encore, sans l’ombre d’un ralentissement. L’outil Web québécois «Projet quorum», qui recense depuis le début de la pandémie l’humeur du public, des politiciens et des médias, a constaté cette hausse.

Au milieu du mois d’avril, les Québécois n’avaient jamais été aussi pessimistes quant à la situation sanitaire, observe les experts de Projet quorum. L’Institut Angus Reid a observé le même phénomène. À l’époque, jamais le taux d’approbation des autorités sanitaires québécoises n’avait-il plongé aussi bas, soulignait le centre d’analyse politique dans un récent papier.

Or, depuis, l’optimisme québécois est reparti à la hausse, signalent les experts du Projet quorum. «La vaccination s’accélère. Ça ne peut que favoriser François Legault. Si l’économie, aussi, continue à s’améliorer, ça va vraiment être un timing parfait pour la CAQ», observe Daniel Béland.

Chargé de cours à l’Université Laval et à l’Université du Québec à Montréal, Pierre Duchesne ne s’étonne pas de voir le gouvernement caquiste faire mousser l’intérêt politique avec sa campagne vaccinale.

«Les gens cherchent des repères. Un gouvernement qui gère raisonnablement une crise semblable va en profiter. C’est la période, je dirais, la plus facile en termes politiques», indique l’ex-ministre péquiste du mandat de Pauline Marois.

Un impact sur les élections?

Facile, mais pour longtemps? Pas nécessairement, selon M. Duchesne, qui ne serait pas surpris de voir le soutien à la CAQ s’étioler d’ici les élections.

Début 1998, en pleine crise du verglas, environ 75% des Québécois appréciaient le travail du premier ministre Lucien Bouchard. Pourtant, aux élections de novembre 1998, le gouvernement du Parti québécois perdait un siège.

«Là, on va quitter une zone de crise. L’opposition va reprendre sa place. Les ministres vont se faire poursuivre dans les corridors par les journalistes. L’opinion publique va parler dorénavant de différents sujets», souligne M. Duchesne.

Il donne en exemple les propos du premier ministre Legault sur le logement il y a une dizaine de jours. Pressé de questions en commission parlementaire, l’élu caquiste avait soutenu que des logements se trouvaient à 500$ ou 600$ à Montréal.

Qualifié de «déconnecté» par les groupes d’opposition, M. Legault s’était justifié: «j’ai encore beaucoup d’amis qui viennent de la classe très moyenne. Je m’assure de rester proche du peuple», avait-il dit.

«Son succès de communication pendant la crise était de dire: je suis sensible, je vous comprends. Là, plein de sujets vont émerger: la langue française, la question de la moralité, de l’éthique», souligne Pierre Duchesne.

«La mémoire politique d’une communauté n’est jamais très, très longue.» – Pierre Duchesne, chargé de cours en science politique

 Plus d’impact à Ottawa?

Les élections générales québécoises sont encore bien loin. Prévues pour octobre 2022, elles pourraient venir un bon moment après que la crise se soit résorbée.

À Ottawa, le gouvernement fédéral de Justin Trudeau contrôle sa destinée. Le premier ministre Canadien pourrait déclencher des élections à n’importe quel moment. Avec des scores de popularité importants, il pourrait en sortir grand gagnant, analyse Pierre Duchesne.

«La fin de la crise amène une population à être de bonne humeur. C’est favorable à un gouvernement en place», observe l’ex-ministre péquiste.

Dans ses plus récentes projections, le site d’analyse des sondages 338Canada donnait 37% des votes fédéraux au Parti libéral du Canada, avec une marge d’erreur d’environ 5%.

Une «séquence» populaire?

En même temps que sa séquence de vaccination, le gouvernement de François Legault prépare une autre séquence, celle des réouvertures. Le plan de retour à la normale de la Saskatchewan, qui fait rimer le déconfinement avec certains objectifs de vaccination, éveille d’ailleurs la curiosité du premier ministre.

«Je veux la même chose», affirmait le premier ministre lors d’une mêlée de presse, jeudi.

Selon Daniel Béland, c’est une autre occasion pour Québec de faire mousser son taux de popularité, «tant qu’on respecte le plan».

«Le problème, c’est les faux espoirs. C’est un jeu dangereux et il faut faire attention», évoque-t-il.

Jeudi, Christian Dubé a fait preuve de prudence lorsqu’interrogé sur l’élaboration de ce plan. «On aime avoir un petit peu plus de flexibilité que d’être uniquement sur un facteur [le taux de vaccination]. Moi, je veux demander à l’équipe [d’Horacio] Arruda de regarder les meilleurs plans dans le monde», a-t-il évoqué.

«On essaie aussi de regarder ce que le CDC [Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies] a sorti, qu’est-ce qui s’est donné en France. On prend un petit peu plus de temps pour arrimer tous ces plans-là, prendre les meilleures pratiques.» – Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

François Legault prévoit présenter son plan «dans les prochaines semaines».

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