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L’infirmière qui a insulté Joyce Echaquan s’excuse

Géhane Kamel, du bureau du coroner
Géhane Kamel, du bureau du coroner Photo: Josie Desmarais/Métro

L’infirmière qu’on entend injurier Joyce Echaquan dans une vidéo capturée quelques instants avant sa mort s’est excusée à la famille de la victime et à «ses confrères de travail» lors de son témoignage à l’enquête publique visant à élucider les causes et les circonstances entourant la tragédie.

«Je suis tellement désolée de ce que j’ai dit… Quand on m’a fait écouter ça, je me suis dit ‘ce n’est pas moi, ce n’est pas moi’. Je veux m’excuser à la famille. J’ai tout le temps été une bonne nurse», a-t-elle dit en fondant en larmes. 

Une semaine après le début des audiences, ce fut finalement au tour de l’employée congédiée de témoigner.

Dans la vidéo, l’infirmière lance violemment que Mme Echaquan est «mieux mort[e]» et qu’elle est «bien meilleure pour fourrer que d’autres choses», «surtout que c’est nous autres qui paie pour ça» alors que la patiente vient de chuter de sa civière.

«Je me suis choquée»

Celle dont le nom est frappé par un interdit de publication dit «s’être fâchée» contre sa patiente puisqu’elle «n’en pouvait plus» de la pression et de la surcharge de travail aux urgences de l’hôpital de Joliette.

Infirmière depuis plus de trente ans, la témoin n’en pouvait plus d’être traitée comme «une esclave». «Je me suis choquée et je ne sais pas ce que j’ai dit à la patiente. Je pense juste que je n’en reviens pas de tout ce qu’on nous demande. On nous traite comme des esclaves, comme des pions et ils font qu’ils veulent avec nous», a-t-elle ajouté.

La femme de 54 ans soutient ne jamais avoir parlé à un patient comme elle l’a fait avec Joyce Echaquan. Mais, ce jour-là, elle était tellement «fatiguée» et «débordée» qu’elle a été «super méchante», a-t-elle dit. 

Cette explication n’a pas plue à la coroner Géhane Kamel qui préside l’enquête publique. «Je suis en plein scénario surréaliste, a-t-elle lancé à la témoin. […] Ce que je ne tolère pas, c’est qu’on me sorte le fait que les gens soient débordés alors qu’il y a une situation critique qui se passe devant [eux].»

«Nos commentaires désobligeants, c’était face aux Blancs, aux Atikamekws qui étaient des patients particuliers, mais on ne ciblait pas» – Ex-infirmière, témoin à l’enquête publique

La témoin a aussi nié avoir prononcé toutes les paroles désobligeantes qui ont été rapportées par des collègues ou par la voisine de lit de Mme Echaquan, Annie Desroches, dans une lettre datée du 29 septembre.

«Je vais continuer votre histoire parce qu’il y a des petits bouts qui sont vrais et des petits bouts que vous oubliez», s’est impatientée la coroner qui tentait de corroborer les versions. Mme Desroches viendra témoigner en début de semaine prochaine.

Par ailleurs, l’ancienne infirmière pensait que Joyce Echaquan était «en sevrage de cannabis», mais elle «ne sait pas» si un médecin avait posé ce diagnostic. C’est aussi ce que pensait la candidate à l’exercice de la profession infirmière (CEPI) qui était responsable de Joyce Echaquan.

Joyce Echaquan est arrivée à l’urgence par ambulance le 26 septembre pour une douleur aiguë à l’abdomen. Elle devait subir une coloscopie le matin du 28. La cause de son décès n’a pas encore été révélée. On sait que, dans les moments qui ont suivi le tournage de la vidéo, la patiente a été laissée attachée sans surveillance 40 minutes, alors qu’on venait de lui administrer un calmant par injection.

«Depuis que c’est arrivé, je pense à ça jour et nuit… Je vous demande pardon de ce que j’ai dit. […] Je sais toute la peine que je vous ai fait» – La témoin à la famille Echaquan

Des paroles pour «motiver» Joyce Echaquan

La veille, à la barre des témoins, la préposée aux bénéficiaires a dit avoir voulu «motiver» Joyce Echaquan par ses propos entendus dans la vidéo. Selon elle, ses paroles étaient même «bienveillantes». 

La coroner Kamel n’a pas été convaincue par le témoignage de l’ancienne employée qu’elle a qualifié de «peu crédible». 

Depuis jeudi dernier, une vingtaine de témoins, dont 15 employés du Centre Hospitalier de Lanaudière, ont défilé à la barre. 

Les membres du personnel soignant interrogés se sont dit «choqués», «surpris» et «déçus» par les propos violents tenus par leurs collègues dans la vidéo. Certains n’ont pas été en mesure de la visionner. 

Les audiences de l’enquête publique se poursuivent jusqu’au 2 juin. Au total, une cinquantaine de témoins seront entendus. Des recommandations seront ensuite formulées.

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