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Joyce Echaquan: une des employées de la vidéo dit avoir voulu la «motiver»

coroner Joyce Echaquan
Photo: Josie Desmarais/Métro

Une des deux employées qu’on entend insulter et ridiculiser Joyce Echaquan quelques instants avant sa mort, dans une vidéo tournée par la patiente atikamekw et diffusée en direct sur sa page Facebook, a témoigné mercredi au palais de justice de Trois-Rivières.

L’enquête publique visant à élucider les causes et les circonstances entourant la tragédie s’est amorcée jeudi dernier. Depuis, une vingtaine de témoins, dont 15 employés du Centre Hospitalier de Lanaudière, ont défilé à la barre. 

Le témoignage de la préposée aux bénéficiaires, qui a été congédiée après les évènements, était très attendu. Comme ses anciens collègues avant elle, la femme de 44 ans se rappelle surtout avoir été «débordée» la journée du 28 septembre 2020.

«Ce n’est pas dans ma nature d’être comme ça… […] Avec le surplus de travail qu’on avait, on ne pouvait jamais faire ce qui était vraiment le mieux, mais tout le temps essayer de voir ce qui était le moins pire», a-t-elle déclaré.

Des propos bienveillants, selon la témoin

Par ailleurs, la témoin estime qu’elle est restée bienveillante dans ses échanges avec Joyce Echaquan.  Le commentaire «le moins avisé», selon elle, était celui lié aux «mauvais choix» de la mère de famille. «C’était vraiment comme avec un enfant qui est en crise», s’est-elle défendu.

Peu convaincue, la coroner qui préside l’enquête publique, Géhane Kamel, est intervenu. Afin de comparer les perceptions, elle a ordonné le visionnement de la vidéo dans lequel on entend aussi la préposée dire d’une manière méprisante «qu’est-ce qu’ils penseraient, tes enfants te voir comme ça?».

«Je voulais la garder en contact avec la réalité… […] J’essayais de la raisonner», a rétorqué l’ancienne employée qui estime que ses paroles pouvaient même «motiver» la patiente à se «reprendre en main».

Selon elle, Joyce Echaquan était en état de sevrage et toxicomane, puisque c’est l’information qu’elle avait eue des infirmières. «Je souhaitais pouvoir l’aider cette dame-là», a ajouté celle dont le nom est frappé par une ordonnance de non-publication.

Encore aujourd’hui, la femme pense n’avoir rien à se reprocher. «Je n’ai pas pu faire plus dans la situation. Mon intention à été bonne. Si j’ai été maladroite, je suis désolée», a-t-elle souligné.

L’avocat de la Nation atikamekw, Me Jean-François Arteau, s’est dit «insulté» par le témoignage de l’ex-employée de l’hôpital de Joliette. «Je ne vous remercierais pas comme je l’ai fait pour les autres témoins», a-t-il dit.

Avant de visionner la vidéo filmée par Mme Echaquan, la témoin pensait qu’il «n’y avait rien de grave sur l’enregistrement» parce qu’elle dit n’avoir jamais entendu les propos dénigrants de sa collègue infirmière dans le moment.

D’ailleurs, jeudi matin, ce sera au tour de cette infirmière de témoigner.

Laissée seule et attachée durant 40 minutes

La candidate à l’exercice de la profession infirmière (CEPI) qui était responsable de Joyce Echaquan était «débordée» la journée de sa mort, et n’avait ni soutien ni mentorat. «J’avais besoin de quelqu’un qui prenait en charge mon équipe. J’avais Mme Echaquan, mais j’avais aussi d’autres patients qui nécessitaient des soins», a dit celle qui est maintenant infirmière.

En début d’après-midi, l’employée, ébranlée et très émotive, a raconté sa version des faits au meilleur de ses souvenirs, parfois estompés. 

Sans aide, la stagiaire a dû laisser Joyce Echaquan seule dans une chambre d’hôpital durant 40 minutes, alors qu’elle était contentionnée et venait de recevoir un calmant par injection. Selon plusieurs témoins, cela ne serait pas conforme au protocole, puisqu’un patient attaché doit être supervisé en tout temps.

Un délai trop long avant la réanimation?

Lorsqu’elle s’est aperçue que les signes vitaux de Mme Echaquan étaient faibles, l’infirmière de 21 ans a fait des demandes pour son transfert en réanimation. Ses supérieurs ont d’abord refusé, avant de lui dire qu’il y avait un délai de 10 minutes, le temps de nettoyer une salle.

La témoin a aussi confié que des collègues avaient étiqueté Joyce Echaquan comme une patiente «difficile», qui «collaborait moins». 

Certains se plaignaient du fait que la femme autochtone revenait souvent à l’urgence. Plus tôt cette semaine, des infirmières ont témoigné du fait que cela créait des frustrations au sein du personnel. 

Par ailleurs, selon le témoignage de la CEPI, des infirmières minimisaient la souffrance de Joyce Echaquan, alors que celle-ci criait et était très agitée, quelques minutes avant la vidéo. «J’ai des collègues qui prenaient ça à la légère», a-t-elle raconté en mentionnant qu’ils riaient au poste de travail.

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