Le rôle des modèles
Le numéro 2 de Facebook, Sheryl Sandberg, vient tout juste de lancer son livre, Lean In, sur comment les femmes peuvent tout avoir, et déjà, on capote. Le reproche qu’on lui fait le plus souvent : placer la barre trop haut. On avait reproché la même chose à la chef de la direction de Yahoo!, Marissa Mayer, lorsqu’elle avait annoncé qu’elle ne prendrait que deux semaines de congé de maternité.
Je ne sais pas c’est quoi, notre problème, avec les modèles. J’ai parfois l’impression qu’au lieu de les prendre pour ce qu’ils sont – des exemples, des inspirations –, on les reçoit comme le reflet de nos propres échecs. Comme si la réussite des autres ne pouvait que rendre notre vie plus misérable, nous caler vers le fond au lieu de nous élever, comme elle le devrait.
Pourtant, le fait que Marissa Mayer puisse se remettre de son accouchement en seulement deux semaines ou que Sheryl Sandberg arrive à dominer Silicon Valley tout en élevant deux enfants n’enlève rien à vos propres accomplissements. Vos enfants sont tout aussi beaux, et votre carrière est à la hauteur de ce que vous êtes. Si vous faites de votre mieux, pourquoi feeler cheap?
Les personnes qui connaissent du succès ne s’effondrent pas devant la comparaison : plutôt, elles s’en inspirent. Elles aspirent à faire comme les meilleures, elles tendent vers la perfection. Mais le commun des mortels n’est pas naturellement doué pour le succès. Son premier réflexe, devant la réussite est de chercher des anguilles sous les roches. «On s’en reparlera dans 15 ans, quand son ado l’accusera d’avoir été une mère absente», ou «On sait bien, avec ses 15 domestiques, c’est facile de tout avoir». Notre deuxième réflexe est pire encore : il nous pousse à nous trouver des défaites pour expliquer notre incapacité à atteindre la barre placée si haut par les Sandberg et Mayer de ce monde.
La vérité, c’est que ces femmes sont extraordinaires. J’irais même jusqu’à dire qu’elles sont meilleures que vous et moi. C’est pourquoi elles sont des modèles. Personnellement, on ne m’a pas approchée pour que j’écrive un livre sur «comment tout réussir» (pas encore). Peut-être que ce que Sheryl Sandberg propose vous paraît inaccessible : votre barre, vous la placez à la hauteur qui vous convient. En attendant, je ne comprends pas pourquoi vous vous empêcheriez de tendre vers l’inaccessible. En tout cas, si j’étais coach en croissance personnelle et qu’on me payait 1 M$ pour écrire un livre sur «comment tout réussir», je vous dirais quelque chose dans ce genre.