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Dans les coulisses du mouvement étudiant

Photo: Yves Provencher/Métro

L’ancien attaché de presse de Gabriel Nadeau-Dubois, Renaud Poirier-St-Pierre, lance cette semaine, De l’école à la rue,  un livre racontant les coulisses de la grève étudiante. Co-écrit avec Philippe Ethier, ancien membre du conseil exécutif de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) et de sa Coalition large (CLASSE), l’ouvrage se veut aussi une sorte de guide d’analyse pour démarrer et réussir un conflit social. Décryptage.

Contrairement à ce que l’on croit, le mouvement étudiant aurait été tout sauf spontané, selon vous.
Oui. Ça correspond à deux ans de travail. En 2010, j’étais impliqué dans mon association facultaire et en regardant les prévisions budgétaires de l’université, on s’est rendu compte qu’une hausse des frais de scolarité serait bientôt au menu. Le problème, c’est que même en science politique et droit à l’UQAM, on avait du mal à réunir le quorum  lors de nos assemblées! Philippe Ethier et plusieurs autres ont donc passé plus d’un an à reconstruire des associations étudiantes partout au Québec. Il fallait aussi déconstruire tout le discours gouvernemental sur la hausse et  montrer aux étudiants que ça allait bien plus loin qu’une simple hausse, qu’il y avait là toute une logique néolibérale contre laquelle il fallait se battre. Au début, je pensais que le conflit durerait huit semaines et culminerait à 70 000 étudiants en grève. Pour finir ça a été six mois et 300 000 étudiants.

Pouvez-vous expliquez le concept d’escalade des moyens de pression utilisé par la CLASSE?
Au début de tout conflit, la majorité n’est pas prête à prendre les grands moyens dès le départ. Pour légitimer la grève générale illimitée, il faut prouver qu’on a tout essayé. La première étape c’est la pétition, ça permet d’informer et de mobiliser. C’est aussi un bon indicateur pour voir si un campus est à l’écoute. Ensuite, on organise des actions symboliques pour que les gens se sentent inclus dans le mouvement. Quand on voit que le gouvernement ne veut pas entendre, on peut demander des mandats de grève ponctuels et aller jusqu’à bloquer des édifices ou occuper des bureaux. Ce n’est pas un modèle mathématique, mais quand tu vois que tu as de 200 à 300 personnes prêtes à ce genre d’acte, c’est que le mouvement est mûr pour la grève générale illimitée.

Quelle a été la stratégie du gouvernement ?
La même qu’utilisée historiquement pour briser les mouvements sociaux: diviser le mouvement en deux. Dans notre cas, ça s’est donc concrétisé par les appels incessants faits aux leaders étudiants pour qu’ils se dissocient de l’utilisation de la violence. Ça crée des divisions internes. Mais cette stratégie n’a pas fonctionné à cause de la solidarité entre la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE). En 2005, par contre, ça avait fonctionné car la FEUQ avait décidé de s’asseoir à la table des négociations sans la CASSÉE.

Expliquez-nous l’importance qu’a aujourd’hui la technologie.
Avant, il était impossible d’organiser une manifestation en moins de 12 heures. Il fallait contacter les gens, imprimer des tracts etc. Désormais, n’importe qui peut organiser une action beaucoup plus rapidement. Ç’a aussi permis de créer du contenu qui, en devenant viral, a permis de ridiculiser les positions du gouvernement et de contrecarrer l’image de la violence étudiante sur laquelle les médias ont beaucoup trop insisté. Aussi, quand tu vois sur YouTube des gens avec qui tu vas en cours se faire poivrer ou frapper, ça illustre la violence policière et ça augmente le sentiment de solidarité. On a aussi beaucoup utilisé les bases de données pour analyser la situation localement. On a compilé de l’info par campus (passé militant, profil économique des étudiants, résultats des votes dans le passé…) pour voir sur quels campus il fallait insister et surtout pour déterminer quels campus voteraient en premier. Les plus sûrs étaient placés en début de semaine pour favoriser l’effet d’entraînement. Si dix campus ont voté pour la grève avant vous, ça pousse les plus hésitants.

Comment avez-vous vécu l’après-conflit ?
Après la grève, j’ai aidé Québec Solidaire pendant la campagne électorale, mais en comparaison, je trouvais ça calme, presque ennuyant! Le retour aux études a été difficile, j’étais fatigué et j’avais du mal à me concentrer. Si j’ai beaucoup gagné en confiance et en gestion du stress, j’ai du mal à rester dans une manifestation sans avoir peur de me faire charger par la police. Lors de la dernière manifestation de l’ASSÉ, avec ma copine, on a à peine pu rester 15 minutes.

De l’école à la rue
Éditions Écosociété
En librairie mercredi

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