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Les quartiers verts à Montréal, nouveau paradigme ou «greenwashing»?

Photo: Nicolas McComber/iStock

En France, on les appelle les «écoquartiers». Pour obtenir cette appellation, les quartiers doivent remplir des critères préétablis.

Au Québec et à Montréal, on les appelle «quartiers verts» ou «durables». Il n’existe pas de critères consensuels permettant de les définir, ce qui rend leur identification plus complexe. Cela permet aussi aux élus et aux développeurs d’utiliser l’étiquette «quartier vert» pour un peu de greenwashing.

Tous les nouveaux quartiers devraient être développés en fonction des principes de développement durable, s’entendent des experts en aménagement. Or, ce ne sont pas tous les développements qui s’appuient sur ces objectifs, qui demeurent à être précisés.

«La Ville utilise parfois le terme “quartier vert”, mais c’est une notion un peu magique, qui n’est pas très critique», explique le coordonnateur du Centre d’écologie urbaine de Montréal, Mikael St-Pierre. «Il n’y a pas de cadre législatif précis, donc ces termes sont utilisés de façon interchangeable.»

Pour être reconnus pour leurs vertus environnementales, les développements doivent se prévaloir de certifications développées par des entités privées, comme le Leadership in Energy and Environmental Design (LEED). Ce type de mention peut être coûteux, et surtout, utilisé sur des bases de greenwashing.

La situation serait simplifiée si le gouvernement provincial pouvait créer une étiquette spéciale réservée aux quartiers verts, estime l’organisme Vivre en ville. Cet organisme se consacre au développement de communautés viables. «Le gouvernement doit établir des standards que devront respecter les quartiers. Il doit soutenir financièrement les projets les plus innovants. Lorsqu’on veut des changements, on doit tenir la carotte et le bâton», affirme le directeur général de Vivre en ville, Christian Savard.

Pendant des décennies, on a mal construit nos villes. C’est le temps que cette saignée cesse.

Christian Savard, directeur général de Vivre en ville

Des quartiers véritablement verts

Montréal compte tout de même des quartiers qui, sans être officiellement déclarés «verts», se démarquent par leur orientation durable. Ce sont des secteurs qui se distinguent par leur gestion et leur architecture durable ainsi que leur penchant pour la mobilité active.

Parmi ceux-ci, on retrouve le quartier Bois-Franc, situé dans l’arrondissement Saint-Laurent. Il y a aussi le Technopôle Angus dans Rosemont–La Petite-Patrie. Le quartier Angus, par exemple, contient 25% d’espaces verts, ainsi qu’une «boucle énergétique» qui permet la réutilisation de l’air chaud et froid selon les besoins des bâtiments. Une proportion de 95% de l’eau de pluie est réutilisée dans les toilettes et dans les jardins avoisinants, réduisant la consommation d’eau potable de 40%.

«À pied, vous pouvez voir des amis, aller au parc, à une station de métro, à la clinique ou à l’épicerie en moins de 10 minutes. Angus est vraiment un milieu de vie complet», souligne M. St-Pierre.

Le bonnet d’âne pour Griffintown

D’autres développements à Montréal suivront ces principes, notamment dans l’ouest de l’île, à Lachine-Est. Dans l’est, le quartier Louvain sera construit sous des principes écologiques, comme le redéveloppement du quartier de l’ancienne Brasserie Molson. Certains développements récents, comme Griffintown, portent toutefois le bonnet d’âne.

«Le secteur est en mode rattrapage sur le plan des infrastructures, que ce soient des écoles ou des hôpitaux, constate M. Savard. Tout a été planifié en aval et le manque de services coûte cher à la communauté.»

L’administration actuelle de Projet Montréal, avec Valérie Plante à sa tête, fait mieux en matière de développement de communautés durables que les dernières administrations, soulignent les experts sondés. La Ville peut toutefois devenir «plus proactive» pour s’assurer que les nouvelles constructions soient écoresponsables.


Malgré les critiques, Montréal compte bel et bien quelques quartiers véritablement verts. D’autres sont prévus pour un avenir rapproché. Voici 5 quartiers dont l’intérêt a été souligné par les experts que nous avons contactés.

Le Technopôle Angus
Arrondissement: Rosemont–La Petite-Patrie
Développement: depuis 1998
Déjà conçu pour favoriser la vie et le travail à distance de marche, le Technopôle Angus est en voie de concrétiser une nouvelle phase résidentielle aux grandes ambitions environnementales.

Le quartier Bois-Franc
Arrondissement: Saint-Laurent
Développement: depuis 1993
Le quartier Bois-Franc se démarque par la grande présence d’espaces verts et de plans d’eau (plus de 30%), ainsi que l’accès rapide aux transports en commun et aux commerces.

Lachine-Est
Arrondissement: Lachine
Développement: à venir
Jusqu’à 10 000 résidents pourraient habiter ce nouveau développement dans lequel se trouveront une école, un centre sportif de même que 500 logements abordables.

Le quartier Louvain
Arrondissement: Ahuntsic-Cartierville
Développement: à venir
Ce secteur sera marqué par la présence d’un pôle d’agriculture urbaine innovant. Une école, un centre communautaire local et jusqu’à 1000 logements abordables y seront construits.

L’ancienne brasserie Molson
Arrondissement: Ville-Marie
Développement: à venir
Les trois quarts des bâtiments existants dans cette zone, située sous le pont Jacques-Cartier, seront conservés. Une place publique et un grand parc riverain devraient y voir le jour.

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