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Prendre les grands moyens

La réflexion de la semaine appartient à Guillaume Lemay-Thivierge. Dans une entrevue, il m’a confié que, si le monde mettait autant d’énergie à se battre contre l’industrie du gaz de schiste qu’il en met pour critiquer le sketch du Bye Bye sur l’industrie du gaz de schiste, on se ferait peut-être moins f…r au bout du compte. Pas fou ça. 1-0 pour Guillaume.

C’est tellement plus facile de taper sur le poil qui retrousse plutôt que de l’arracher jusqu’à la racine. Par exemple, prenez la manif de l’autre soir en face du Centre Bell. Ils étaient quelques centaines à brandir des drapeaux bleus devant le temple des rouges pour dénoncer la décision brune d’une administration drabe d’embaucher un entraîneur unilingue anglo. Tout le monde sait bien, à moins d’être très déconnecté, que le coach lui-même n’est pas l’objet de cette vague de colère. Que c’est davantage ce mélange d’arrogance et d’intransigeance de l’insigne Organisation qui a fini par faire sauter le couvercle de la marmite. Le rassemblement de samedi aura-t-il le moindre effet à court, moyen ou long terme sur la situation? Bien sûr que non. Ça aussi c’est su. Ça demeurera, au mieux, un événement anecdotique qui ne figurera sûrement pas dans les revues de fin d’année le 31 décembre prochain.

Cela étant dit, même si la manif a eu peu d’impact – il y a d’ailleurs de quoi s’en réjouir, son succès aurait sûrement été récupéré par des experts en désinformation d’un côté comme de l’autre –, il n’en demeure pas moins qu’il faudra bien un jour s’attaquer au vrai problème. Et le vrai problème, il arrive bien avant la nomination d’un coach anglophone à la tête d’une équipe de hockey. Le problème, c’en est un de fierté et de transmission des valeurs.

Tant qu’on n’aura pas nous-mêmes le souci d’enseigner correctement notre histoire aux plus jeunes et tant qu’on ne les convaincra pas de la pertinence de vivre en français en Amérique, on va passer droit à côté du but. Tant qu’on ne martèlera pas au quotidien la nécessité de savoir d’où nous venons pour avoir la moindre idée d’où nous allons, ça sera peine perdue. Qu’on fasse des manifs ou non. Et ça ne sera pas la faute des autres, ça sera la nôtre. C’est nous qui avons tout laissé aller dans le plus anodin du quotidien. 

Des décisions insensibles et insensées comme celle qui a été prise par la direction du Canadien, on n’a plus assez de doigts et d’orteils pour les compter. Des Caisses de dépôt et autres Banques Nationales où on met le français de côté pour la simple raison que ce n’est pas pratique dans des réunions où siègent des anglophones, c’est intolérable. Et dans une société qui s’est endormie dans les vapes de son laxisme, ça prend des mois et même des années avant de savoir que c’est comme ça que ça se passe. On l’a bien vu récemment.

On a fini par croire que ça n’était pas si grave. Parce qu’on a fini par croire qu’il n’y avait rien à faire contre ça. C’est faux. Dans les années 1970, un puissant coup de barre a été donné pour ramener les pendules à l’heure. Malheureusement, on a ensuite cru que tout était réglé et que le reste irait de soi. Erreur. Quand on choisit de baisser sa garde, c’est qu’on a décidé de ne plus se battre.

Là, il est grand temps de remonter le mécanisme du réveille-matin national si on ne veut pas passer tout droit. Ça serait la fois de trop.  

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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