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La grande visite

On ne dira jamais assez combien on est accommodants quand on reçoit de la visite. Peut-être parce qu’on est foncièrement gentils. Peut-être parce qu’on veut être aimés à tout prix. Il y a probablement un peu des deux. On est du bon monde, du bien bon monde…

Je regardais la cinéaste et actrice Maïwenn à Tout le monde en parle l’autre soir et ça m’a rappelé plein de souvenirs. D’un pénible… Clairement au-dessus de tout, l’air de s’emmerder juste assez, relevant des inexactitudes qui n’en n’étaient pas dans les questions qui lui étaient posées, elle semblait – pauvre elle (!) – passer un autre mauvais moment en terre d’Amérique. C’est souvent comme ça quand ils partent de l’Hexagone ou de l’autre francophonie pour venir vendre leur salade aux indigènes que nous sommes…

Ça fait un bout de temps que je travaille dans la business, alors j’ai eu largement le temps d’en voir débarquer une couple, et encore plus. Ils sont généralement accompagnés de leur cour. Des sangsues pareillement désagréables. Évidemment, les «veudettes» de passage s’attendent à ce qu’on leur concède d’emblée la meilleure loge. Elles veulent aussi passer en premier dans l’émission et, tant qu’à y être, peuvent même exiger qu’on vire le décor à l’envers pour montrer leur plus beau profil. Dans ma vie de recherchiste, j’ai tout vu ça, juré craché.

Quand ces gens-là s’assoient dans le fauteuil de l’invité, c’est pour répondre avec une lassitude appuyée à des questions qu’ils ont déjà entendues parce que ça fait longtemps que leur film, leur disque ou leur livre est sorti chez eux. Pour eux, il est prioritaire de montrer qu’ils se font chier. Convaincus que nous ne sommes pas assez allumés pour décortiquer leur body-language et leur prétention, ils en mettent toujours un peu plus pour faire rigoler les compagnons qui les attendent en coulisses.

Après avoir fourni l’effort surhumain de mousser leur produit, ils ne s’attendent jamais à moins que de se faire inviter sur le bras dans les meilleurs restos en ville avec leur gang de pigeons. Pourquoi donc se priver…

Pour les avoir vu aller, ils affichent à peu près tous la même attitude de schnoutte. Ils s’appellent Romain Duris, Axelle Red, Ophélie Winter (qui se rappelle d’elle?), Catherine Lara, Mano Solo et autres Stephan Eicher d’un autre temps. Attention, ils ne sont pas tous comme ça (on salue au passage Yves Duteil, Dick Rivers, Angélique Kidjo, Jean-Paul Gaultier et Jacques Higelin…) mais il y a encore trop de péteux du genre en circulation pour qu’on continue à taire le phénomène…

On continuera néanmoins à les inviter. Souvent par gentillesse, parfois par bête aplaventrisme ou peut-être seulement parce qu’il le faut. Et eux vont continuer de croire qu’ils ont le droit de se comporter ainsi. Je me demande par contre comment ça se passerait si on arrêtait de les recevoir avec autant d’égards et d’attentions. Peut-être comprendraient-ils? Peut-être iraient-ils jusqu’à nous respecter?

Le mot de la fin, j’ai envie de le céder à Plume Latraverse. Un jour, en entrevue, il avait raconté avec beaucoup de justesse que nous, quand un artiste d’ailleurs venait ici pour faire une saucette de promo, on louait toujours une limousine pour l’accueillir à sa descente d’avion. Mais quand un artiste québécois faisait le chemin inverse pour la même raison, il était habituellement pris pour trouver lui-même le comptoir de location de voitures s’il voulait sortir de l’aéroport… Et vlan! On est vraiment du bon monde…

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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