Art de vivre
21:20 30 avril 2013 | mise à jour le: 1 mai 2013 à 10:40 temps de lecture: 4 minutes

Plaidoyer pour la fin des régimes

Plaidoyer pour la fin des régimes
Photo: Yves Provencher/Métro

Tandis qu’en Suède, des anorexiques se font recruter à la porte des cliniques où elles se font soigner par des agences de mannequinat, des milliers de femmes d’ici et d’ailleurs cherchent le régime miracle. À la veille de la Journée internationale sans diète, le 6 mai, deux vedettes d’ici appellent à la trêve. Témoignages.

Amélie Grenier, actrice
«Le mot “diète” est arrivé dans ma vie quand j’avais cinq ans. Ma mère m’avait amenée chez le médecin et ils discutaient de mon «cas» un peu comme si je n’étais pas là, devant une vitrine de petites voitures censées détourner mon attention. Mais j’écoutais tout. Pourtant, en regardant des photos de l’époque, je trouve que j’ai simplement l’air d’une enfant bien heureuse et bien en santé.

C’est donc un mot que j’ai appris à détester très jeune. Chez nous, c’était le yo-yo tout le temps. Quand ma mère se mettait au régime, nous maigrissions aussi, puis nous reprenions le poids perdu et ça recommençait. Mon rapport à la nourriture a changé quand je suis partie en appartement et que j’ai commencé à faire mon épicerie moi-même, mais cette relation est toujours restée bien particulière… Mon corps porte d’ailleurs les marques de ces régimes : je n’ai pas d’enfant, et pourtant, j’ai le bas du ventre plein de vergetures, comme si j’en avais eu quatre.»

Dorice Simon, humoriste
«Je fais partie de la majorité de femmes qui ont voulu perdre du poids à un moment ou à un autre de leur vie. Tout a commencé vers 14 ou 15 ans. J’avais participé à un camp musical, et pendant ces deux semaines, j’avais été tellement occupée, j’avais tellement bougé – et je m’étais sans doute ennuyée un peu aussi – que j’avais perdu 8 lb.

À mon retour, mon beau-frère me complimente; il me dit que je suis belle, que j’ai maigri. Dans ma tête, c’est le déclencheur : «Quoi? J’étais grosse et je ne le savais pas?»

À partir de ce moment-là, j’ai fait plus d’exercice et j’ai porté attention à mon alimentation, à coups de régimes et même de laxatifs. Pourtant, quand je regarde des photos, je me dis que j’étais parfaite! La quête de la silhouette parfaite, il faut arrêter ça, surtout pour les générations futures. On se base sur les revues, sur des images de belles femmes qui n’existent pas parce qu’elles ont été retouchées. Peut-on simplement être parfaites dans nos imperfections? Aujourd’hui, je consulte une nutritionniste et je peux dire que je ne ferai plus jamais de régime.»

Avis d’expert: l’apparence avant tout
Moins manger rime souvent avec danger. «Les régimes amaigrissants peuvent avoir des effets sur la santé physique, souligne la nutritionniste Fannie Dagenais, directrice de l’organisme ÉquiLibre. En suivant des régimes qui bannissent certains groupes d’aliments, on risque de développer des carences en vitamines et en minéraux, voire de subir des effets secondaires comme des étourdissements, de l’anémie, une faiblesse générale.» Qui plus est, les régimes sont souvent la cause du fameux effet yo-yo, et ils sont un des facteurs à l’origine de l’épidémie de surplus de poids dans la population, suggère-t-elle.

Et même si près des trois quarts des femmes (71 %) connaissent ces dangers, révèle une étude réalisée par SOM pour le compte d’ÉquiLibre, la majorité d’entre elles (60 % en 2009, d’après l’Association pour la santé publique du Québec) suivent quand même des régimes.

Pour Fannie Dagenais, cette réalité reste très préoccupante. «L’insatisfaction corporelle est telle que beaucoup de gens, si ce n’est la majorité, font passer leur apparence avant leur santé, déplore-t-elle. C’est inquiétant, en particulier quand on constate qu’il s’agit aussi d’une tendance de société; les adolescents sont tout aussi préoccupés par leur poids, alors que leur croissance n’est même pas terminée.»

La nutritionniste souhaite encourager d’abord et avant tout l’adoption de saines habitudes de vie, comme bouger davantage et mieux manger. «Et ça vaut pour toutes les silhouettes, continue Fannie Dagenais. C’est une fausse croyance de penser que les personnes minces sont plus en santé que les autres.»