Pour ne pas en finir avec la journée sans maquillage
Je sais qu’on en a beaucoup parlé, sûrement trop à votre goût déjà, mais comme le fatiguant qui n’avait pas fini de dire ce qu’il avait à dire quand tout le monde a jugé que le sujet était clos, j’aimerais revenir sur la journée sans maquillage, qui avait lieu mercredi passé.
On accuse cette journée de mettre l’accent sur la beauté extérieure, sans égard aux autres qualités qui nous rendent extraordinaires, en affirmant que la femme est belle sans fard. On l’accuse de rendre la femme qui se maquille coupable. Coupable de se plier aux exigences sociales, coupable de ne pas se sentir belle au naturel, coupable de transmettre ce message à ses enfants. On accuse d’hypocrisie ceux qui font la promotion de la journée sans maquillage tout en faisant la promotion, le reste de l’année, des petits pots et autres rouges à lèvres essentiels pour plaire à son Gérard. On les accuse de surfer sur le populaire discours de déculpabilisation, tout en faisant la promotion de normes de beauté rigides et malsaines. On accuse surtout ce mouvement de vendre une bonne conscience pour un féminisme mou.
Je comprends toutes ces critiques. Quand on a l’égalité des sexes à cœur, on a à peu près 10 occasions par jour de constater qu’on est loin du compte. On est loin du compte quand une femme enceinte se fait refuser un emploi parce qu’on juge à sa place des besoins de son enfant. Quand une femme refuse de prendre des décisions financières sans son mari. Quand on se rappelle que des religions qui ne considèrent pas encore la femme comme étant égale à l’homme continuent d’avoir des millions d’adeptes. Je comprends que, pour quelqu’un qui a ces questions à cœur, qui voit l’inégalité entre les sexes tous les jours de sa vie, la journée sans maquillage est ni plus ni moins qu’une opération marketing menée sous le couvert d’un féminisme édulcoré.
Mais pour la madame qui m’a regardée drôle l’autre jour parce que je déménageais un meuble et qu’elle n’avait jamais vu un meuble être déplacé par autre chose qu’un homme, c’est déjà un début de réflexion sur l’égalité des sexes. Mercredi dernier, j’ai entendu tout plein de débuts de réflexion sur la place qu’occupe le maquillage dans notre vie.
Et que ces réflexions soient entamées par des médias féminins qui, tout le reste de l’année, vous parlent de maquillage avec beaucoup d’enthousiasme, ça peut paraître contradictoire, mais ça rejoint certainement une cible plus large que lorsqu’un discours féministe plus incarné sort de la bouche d’une Alexa Conradi, d’une Françoise David ou d’une Manon Massé.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.