Des médecins dénoncent les frais «abusifs» en santé
Un groupe de médecins a dénoncé le recours à des frais «abusifs» par certains médecins pratiquant en cabinet privé.
Le regroupement Médecins québécois pour le régime public (MQRP) demande au gouvernement, aux fédérations médicales et au Collège des médecins de sensibiliser la population et les médecins à ce qui est permissible de facturer à un patient.
À l’heure actuelle, MQRP juge que plusieurs médecins s’adonnent à des pratiques carrément illégales en surfacturant certains médicaments ou soins, ou en offrant un accès préférentiel aux patients prêts à débourser pour subir un bilan de santé souvent coûteux, qui serait en plus d’une utilité douteuse.
MQRP rappelle que les médecins en cabinet privé peuvent facturer certains soins ou médicaments aux patients, mais qu’ils doivent facturer le coût réel du matériel utilisé. Il est donc interdit aux médecins de charger plus cher que le prix du gros.
Il est aussi illégal pour les médecins de charger un forfait annuel pour des services non-assurés, ce que certains d’entre eux font. MQRP dénonce d’ailleurs les fédérations médicales et le Collège, qui tous deux accordent un support implicite à la pratique.
«C’est une question fondamentale, on parle d’accès aux soins et d’équité. Ça transforme notre système de santé en système à deux vitesses, basé sur les frais : vitesse avec frais ou vitesse sans frais, a dit le Dr Alain Vadeboncoeur, président de MQRP. Ce n’est pas au patient de payer. Nous, tout ce qu’on dit, c’est qu’il ne devrait pas y avoir deux classes de patients.»
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Co-auteure du rapport de MQRP à cet effet, la Dre Camille Gérin déplore la facilité avec laquelle les médecins peuvent surcharger les patients, souvent mal informés sur ce qui est permissible de facturer.
«C’est une situation fréquente à laquelle les patients finissent par s’habituer. Il y a une normalisation, une banalisation de ces pratiques. Pourtant, les frais qui sont facturés en bureau sont souvent illégaux, a-t-elle déclaré. Les patients sont pris en otage dans ce phénomène. Ceux qui ne peuvent pas se permettre ces frais doivent parfois s’endetter ou même se voir refuser les soins. L’accès devient donc dépendant de la capacité de payer du patient, a indiqué la Dre Camille Gérin.»
Dans un communiqué de presse envoyé dimanche, le Dr Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes, a plutôt jeté le blâme sur le gouvernement. D’après lui, l’état devrait en faire plus pour aider à couvrir les coûts opérationnels des médecins en cabinet. «C’est parce que l’État refuse de couvrir ces frais que ceux-ci existent, pas parce que les médecins le désirent», a-t-il martelé.
On a salué la démarche de MQRP au bureau du ministre de la Santé, Réjean Hébert, dimanche. Ce dernier avait affirmé vouloir mettre la hache dans les frais accessoires en février. «En principe, on est en accord avec le MQRP», a fait valoir l’attachée de presse du ministre, Ariane Lareau.