Construction: Marois ouvre la porte à une loi spéciale
QUÉBEC – La première ministre Pauline Marois a laissé planer mercredi le spectre d’une loi spéciale si la grève perdure dans le secteur de la construction.
À l’entrée de la réunion hebdomadaire du conseil des ministres à Québec, la chef du gouvernement a laissé peu de doutes sur ses intentions d’intervenir dans le dossier si les parties syndicale et patronale n’arrivent pas à s’entendre sur un retour au travail dans un horizon prochain.
«Si dans deux semaines il n’y a pas eu de règlement, à un moment donné, il va falloir poser des gestes plus drastiques mais honnêtement, ce n’est pas ce que nous souhaitons, ce n’est pas ce que nous voulons», a-t-elle déclaré.
Pour l’heure, la loi spéciale n’est pas dans les cartons, a assuré la première ministre, plaidant pour une reprise rapide des pourparlers.
D’ailleurs, dans l’espoir de remettre les négociations sur les rails, la ministre du Travail, Agnès Maltais, a convoqué les quatre associations patronales et les cinq associations syndicales de la construction à une rencontre à Québec jeudi. La ministre rencontrera les représentants syndicaux et patronaux séparément.
«Il faut qu’on tire certaines choses au clair sur les sujets de négociation et deuxièmement, qu’on en arrive vraiment à une solution négociée. Ce que nous voulons, c’est une solution négociée», a-t-elle expliqué.
Le porte-parole de l’Alliance syndicale, Yves Ouellet, a affiché un certain optimisme à la veille de ce rendez-vous crucial. La partie syndicale va se présenter à Québec «avec toute la bonne foi possible» pour dénouer l’impasse, a-t-il dit en point de presse.
«Ça va dépendre aussi de la partie patronale, c’est sûr, mais si ça va bien et qu’on se remet à négocier, tout est possible. (…) On a toujours réussi à s’entendre et j’ai bien l’impression que ça va être encore ça», a souligné M. Ouellet, confiant d’éviter un coup de force législatif.
Reste que les chantiers sont paralysés depuis trois jours et le gouvernement montre des signes d’impatience.
Le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, a senti le besoin de lancer un appel au sens des responsabilités de chacune des parties.
«Le domaine de la construction est un domaine important et dans le contexte actuel, ce dont on s’attend, c’est que les gens soient à la hauteur de leurs responsabilités. Les Québécois ont des attentes, les travailleurs ont des attentes, tout le monde a des attentes et ce n’est pas en négociant sur la place publique qu’on va trouver des solutions», a-t-il fait valoir.
Les négociations n’ont toujours pas repris entre l’Alliance syndicale représentant les 175 000 salariés de la construction et l’Association de la construction du Québec (ACQ). Les tentatives de rapprochement par la conciliation n’ont pas permis de rétablir les ponts.
Les points en litige touchent la mobilité de la main-d’oeuvre, les horaires de travail et les salaires. Sur ce dernier point, la partie patronale offre sur quatre ans des hausses de 1 pour cent, 1,6 pour cent, 2 pour cent et 2 pour cent. L’Alliance syndicale demande 3 pour cent pour chacune des trois premières années et 3,7 pour cent pour la quatrième année du contrat.
Compte tenu du risque que fait peser la grève sur la vitalité économique du Québec, le gouvernement ne peut pas se permettre de demeurer les bras croisés plus longtemps, a soutenu le député libéral Guy Ouellette.
Selon lui, la première ministre doit nommer un médiateur spécial au dossier pour en arriver à un règlement au plus tard vendredi à minuit. À défaut d’une entente, les parlementaires devraient être rappelés en Chambre samedi pour forcer le retour au travail des ouvriers dès mardi matin.
Le temps presse, a insisté le député de Chomedey et porte-parole de l’opposition officielle en matière de travail.
«Il y a des lettres d’employeurs et de multinationales qui circulent qui évoquent la fermeture de chantiers pour tout l’été si ce n’est pas réglé le 23 juin. Ces documents existent. Déjà, l’économie en prend pour son rhume avec (des pertes de) plusieurs millions $ par jour», a-t-il soulevé.
De son côté, la Coalition avenir Québec a signifié à ses députés de se tenir prêts à rentrer à l’Assemblée nationale jeudi matin pour le dépôt d’une loi spéciale.
De l’avis du député Christian Dubé, la ministre Maltais doit se donner un rapport de force en prévision de sa rencontre avec les parties pendant la journée.
«C’est inacceptable d’aller rencontrer les deux parties demain (jeudi) sans avoir dans son coffre à outils cette loi spéciale. Souvenez-vous, il y avait des pénalités le lendemain de la première grève dans les garderies privées. Aujourd’hui, on a le problème économique le plus important, c’est 15 pour cent de l’économie et on n’utilise pas l’outil qui aiderait à avoir une négociation», a-t-il déploré.