L'auteur Jacques Nantel propose une prise de conscience aux responsables du marketing
Les responsables du marketing devraient faire un petit examen de conscience. C’est ce que croit le professeur à HEC Montréal, Jacques Nantel, qui a coécrit le livre On veut votre bien et on l’aura. L’auteur veut ainsi dévoiler comment les experts s’y prennent pour nous faire surconsommer.
Quel est l’état de nos finances?
Mauvaise. D’abord parce que les dépenses des consommateurs sont devenues le principal rouage économique au Canada. Normalement, la consommation devrait représenter 50% du PIB (25% pour l’État et 25% pour le secteur privé). Or actuellement, le taux est de 75%. Cela revient à demander aux consommateurs plus qu’ils ne sont capables de dépenser. En conséquence notre épargne est inférieure au seuil recommandé de 4% du revenu brut et nos dettes représentent 150% de notre revenu annuel, avec une hausse marquée de la dette de consommation qui est très coûteuse en frais d’intérêts.
Quelles pratiques de marketing dénoncez-vous?
Deux sont plus pernicieuses. Tout d’abord l’obsolescence planifiée. Cela correspond à concevoir un produit pour qu’il se casse en un temps déterminé, qu’il se démode rapidement et qu’il devienne incompatible plus vite. L’autre pratique consiste à décrypter de plus en plus les traces laissées par les consommateurs sur internet ou lors de leurs achats pour faire du marketing ciblé. C’est apprécié par beaucoup de clients, mais cela augmente aussi la surconsommation.
Quelles nouvelles techniques sont à nos portes?
La technique de reconnaissance faciale existe déjà. Mais quand la technologie sera utilisée par les experts en marketing, on pourrait savoir par exemple, grâce au croisement de données, qui entre en magasin et quelles sont ses habitudes de consommation. Avec l’identification par radiofréquence (RFID), une puce peut être insérée dans le produit, ce qui pourrait permettre de scanner le panier de consommation d’un seul coup. Chaque produit acheté deviendrait ainsi un mouchard.