Le CSF dénonce des nominations ministérielles
MONTRÉAL – Le Conseil du statut de la femme estime que son indépendance est brimée par quatre nominations effectuées par le Conseil des ministres du gouvernement Marois, à une semaine de la tenue d’une assemblée de l’organisme qui doit se pencher sur le projet d’interdiction des signes religieux dans la fonction publique québécoise et de son impact sur les femmes.
«Je considère qu’il est de mon devoir, à titre de présidente, de prendre la défense d’un organisme de recherche ayant à cœur les intérêts de toutes les Québécoises, peu importe leur origine, et ce, dans un contexte non partisan», a indiqué jeudi, Julie Miville-Dechêne, présidente du Conseil du statut de la femme, par voie de communiqué.
Mercredi, le Conseil des ministres a procédé à la nomination de Julie Latour, Leila Lesbet, Ann Longchamps et Lucie Martineau. Cette dernière, présidente du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec, s’est prononcée en faveur de la Charte le 11 septembre dernier.
Il semble que l’ajout de ces nouveaux membres au sein de l’organisme pourrait faire pencher la balance en faveur de ceux qui sont en faveur du projet de charte des valeurs québécoises.
«Jusqu’à hier, la moitié de l’Assemblée des membres du Conseil appuyait l’idée de lancer une recherche pour évaluer l’impact, sur les femmes, de l’interdiction des signes religieux dans la fonction publique québécoise. Or, le Conseil des ministres vient de nommer quatre nouvelles membres, quatre femmes en faveur du projet de la Charte», dénonce le communiqué du Conseil du statut de la femme.
Il s’agit d’un «accroc sérieux à l’indépendance de l’organisme», estime la présidente. En entrevue à Radio-Canada, jeudi soir, Julie Miville-Dechêne est allée plus loin.
«Est-ce qu’on a voulu me dicter un message? Certainement. Et le message était : »Ce qu’il faut défendre, c’est notre avis, affirmer la laïcité telle quelle, voici la voie »», a-t-elle indiqué pendant l’émission 24/60.
Le 27 septembre, à Québec, le Conseil doit tenir son Assemblée des membres et se pencher sur le dossier de la Charte, entre autres sujets. Selon l’organisme, le gouvernement a voulu s’assurer «qu’aucune critique ne puisse émaner du Conseil du statut de la femme au sujet du projet de Charte des valeurs québécoises.»
Julie Miville-Dechêne a indiqué que le flou actuel entourant la Charte, ses origines et ses conséquences impose la prudence.
«Il n’existe aucune étude, on ne sait même pas le nombre de fonctionnaires portant le voile, et on ne sait surtout pas ce que feront ces femmes confrontées à l’obligation d’enlever leur voile. Vont-elles se sentir libérées ou au contraire, vont-elles être obligées par leur conjoint ou leur entourage de quitter leur emploi, de retourner chez elles. Personne n’a tenté d’étudier cette question, le Conseil aurait pu le faire», affirme-t-elle.
«L’Assemblée des membres du Conseil du statut de la femme devrait refléter l’ensemble des Québécoises qui, on le sait, sont divisées sur certains éléments du projet de Charte», a également déclaré Mme Miville-Dechêne.
Le Conseil du statut de la femme a pour mission de conseiller le gouvernement et d’informer la population sur les questions d’égalité entre les femmes et les hommes. En soirée, Julie Miville-Dechêne a refusé la demande d’entrevue de La Presse Canadienne.