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Les jeunes Québécois ont-ils du pouvoir?

Métro, en collaboration avec l’Institut du Nouveau Monde (INM), lance aujourd’hui une nouvelle rubrique hebdomadaire. Chaque lundi, «Le Québec en questions» vous invite à participer à une discussion autour d’un thème précis. Dans le journal, trois per­­sonnalités et des jeunes ont entamé le débat. Sur le web, il se poursuit avec leurs réponses complètes et vos réactions.

Les jeunes Québécois ont-ils du pouvoir?
En 2008, à 23 ans, Mark Zuckerberg était le plus jeune milliardaire du classement de Forbes, avec un avoir de 1,5 G$. Même si sa fortune aurait depuis baissé sous le milliard de dollars, l’homme derrière Facebook demeure une des personnes les plus in­fluentes de la planète.

Plus tôt cette année, à 20 ans, le réalisateur Xavier Dolan faisait tourner toutes les têtes sur le tapis rouge de Cannes en présentant son film J’ai tué ma mère.

Bien sûr, le succès et l’argent n’amènent pas nécessairement le pouvoir. Et encore aujourd’hui, les leaders politiques et les chefs d’entreprise et d’institution ont bien souvent les tempes grises. Alors, les jeunes ont-ils du pouvoir? Si oui, en profitent-ils? Et est-ce que les générations qui les ont précédés leur laissent de la place?

Dans une société vieillissante, le poids démographique des jeunes diminue, et leurs revendications peuvent se noyer dans celles des baby-boomers. Mais ils ont peut-être de nouveaux outils pour se faire entendre et faire valoir leurs idées. Débat autour de la question.

Trois personnalités se prononcent


Laure Waridel
Écosociologue et essayiste

«Les jeunes ont beaucoup plus de pouvoir qu’ils ne le pensent. De tout temps, la jeunesse a contribué à faire changer les choses. Elle a été un pivot des grands tournants historiques. Ce sont souvent les jeunes qui poussent la société à innover. Ils sont généralement moins cynique que leurs aînés et ont moins peur du risque. Ils ont plus d’audace.

Est-ce que la jeunesse utilise tout son pouvoir? Je ne pense pas. Au Québec, comme dans la plupart des sociétés occidentales, on est dans le confort et souvent dans l’indifférence. Même si on est touchés par des enjeux, dans les faits, on ne passe pas toujours de la parole aux actes.

Martin Luther King disait qu’il y faut deux éléments-clés pour parvenir à changer les choses…ce qui est en soit une manière de prendre le pouvoir. Il faut du cÅ“ur et de rigueur. La rigueur afin de bien comprendre la nature de ce que l’on souhaite changer. Et le cÅ“ur car c’est ce qui permet la compassion et nous pousse à l’action.

Ceci dit, le pouvoir on nous le donne rarement. Je pense qu’il faut savoir le prendre avec cÅ“ur et rigueur justement. Il faut oser aller au bout de nos rêves d’un monde meilleure. Et ça, ça veut dire passer de la parole aux actes.»


Michel Venne
Directeur général de l’Institut du Nouveau Monde

«Ma réponse est en deux temps. Ça dépend avec quoi on compare. D’abord, les jeunes d’aujourd’hui ont sans doute moins de pouvoir qu’en avaient les baby-boomers quand ils étaient jeunes. Pour deux raisons. La première c’est le poids démographie. Les baby-boomers étaient tellement nombreux, qu’il n’avaient qu’à exister pour imposer leurs choix à la société. Le poids démographique était tel que la société suivait. Aujourd’hui, les jeunes sont proportionnellement moins importants dans la démographie. Ensuite, quand les baby-boomers étaient jeunes, on était en pleine révolution tranquille. On était en train de créer un État québécois.

Mais les jeunes d’aujourd’hui (jusqu’à 35 ans) exercent leur pouvoir d’une autre manière. D’abord parce qu’ils sont la génération qui consomme. Comme nous vivons dans une société de consommation, leurs choix colorent énormément la société. Par exemple, la montée du commerce équitable, de la consommation responsable, des voitures hybrides, c’est venu de l’impulsion des plus jeunes. Deuxièmement, ils ont aussi beaucoup de pouvoir grâce à leur maîtrise des technologies de communication. Par leurs choix, les jeunes changent complètement la manière dont fonctionnent les médias d’information et la communication entre les individus. Troisièmement, les jeunes ont le leadership des choix culturels. La culture c’est extrêmement important, car ça influence le comportement des gens à tous les égards.

Par ces trois modalités, ils ont encore une forte influence sur la société. J’ajouterais un quatrième point : dans une société vieillissante, on a besoin de jeunes cerveaux, d’une main-d’oeuvre qualifiée, de gens capable d’innover. On a besoin de leur énergie pour faire rouler l’économie.

Alors je crois qu’ils ont autant de pouvoir que les générations précédentes.»


Anaïs Barbeau-Lavalette
Cinéaste

«Je travaille actuellement dans une communauté autochtone, en Abibiti. J’y suis pour un mois. Ma réponse à la question «les jeunes ont-ils du pouvoir?» est donc inévitablement teintée de ce que je vis ici, où je viens chaque été depuis six ans enseigner le cinéma, à bord du Wapikoni Mobile.

Il n’y a ni eau ni électricité dans le village où je suis. La langue parlée par les aînés s’évapore au profit du français, les traditions se meurent et trop de jeunes aussi. Ici, on a retourné la révolte contre soi-même. Coincés entre les valeurs traditionnelles et la modernité, les jeunes sont en quête éperdue d’identité. Le désespoir est palpable. Raz-de-marée d’alcool sur la communauté pour panser les blessures du passé. Pour essayer d’oublier les multiples abus. Et si fonctionne pas, on se tue.

Certains d’entre eux pourtant se redressent. Pleurent les morts prématurées puis se remontent les manches. Difficile de crier quand on a étouffé, et depuis longtemps, tous les élans d’indignation possibles.On ne parle plus ici de courage, mais de survie. Oser se nommer. Oser tenter de se redéfinir, comme jeune amérindien du 21e siècle. Oser, peut-être, être fier?
Les jeunes ici ont le pouvoir de se réinventer. Ils veulent tisser un lien entre les Blancs et les Autochtones. Ils veulent briser l’isolement. Ils rêvent de la rencontre, de celle qui ne s’est pas encore faite.

Il est là le pouvoir des jeunes. De tous les jeunes. Dans l’audace de le saisir, notre pouvoir. Dans la prise de conscience de son existence. On ne peut pas rester à la surface du Monde. Dans ce qu’il a de plus infime ou de plus grand : il faut participer à sa définition.»

L’avis des jeunes

  • Véronique Martel,
    27 ans, chargée de projet aux nouvelles technologies, Parti québécois. Elle participe à l’INM comme bénévole et animatrice depuis 2005.

«Oui! Les jeunes, comme tous les citoyens, disposent du plus grand pouvoir qui soit : le pouvoir sur soi. Chaque personne peut changer le monde, à sa façon. Il suffit de trouver comment, et c’est là le plus difficile tellement les possibilités sont nombreuses! S’impliquer dans des organisations qui correspondent à nos valeurs, écrire des lettres, donner son opinion, s’informer, participer aux assemblées générales de son association étudiante, créer et élargir ses réseaux «réels» et virtuels, etc., sont tous des exercices de pouvoir.

Même au sens traditionnel et politique, les jeunes ont du pouvoir. Suffit de s’outiller et de décider de foncer, toutes les portes s’ouvriront aux jeunes d’aujourd’hui, plus éduqués, plus polyvalents, plus conscients des défis du Québec et à la fois plus ouverts sur le monde. Les seules limites qui existent vraiment sont celles que l’on se fixe soi-même. À cet effet, l’Institut du Nouveau Monde et son école d’été sont des exemples qui aident à faire tomber les barrières autant physiques que psychologiques à la prise de pouvoir des jeunes, par les jeunes, en faveur de l’équité entre les générations.»

  • Julien Nepveu-Villeneuve,
    étudiant en Relations industrielles à l’Université de Montréal

«Oui, les jeunes ont du pouvoir dans la mesure où ils investissent efforts et temps pour l’obtenir. En effet, la démocratie actuelle et le peu d’influence économique de ce groupe de la société fait qu’il est difficile pour lui d’obtenir des gains concrets. Je crois cependant que c’est en s’organisant en groupes, en unifiant notre discours et en incluant dans nos divers dialogues et démarches des personnes issues de d’autres générations que nous arriverons à détenir et maintenir un réel pouvoir, les enjeux nous touchant se transposant alors en enjeux sociétaux.»

  • Youan Saint-Pierre,
    30 ans, Responsable comité jeune du Conseil Centrale du Montréal Métropolitain

«Oui, parce qu’en s’impliquant dans diverses sphères d’activités de leur communauté, les jeunes démontrent qu’ils ont à cÅ“ur de prendre les choses en mains et qu’ils sont des acteurs incontournables dans les processus de changement. Les jeunes ont le pouvoir de prendre leur place, que ce soit par une implication soutenue dans leur association étudiante et dans leur syndicat ou par le simple exercice du leur droit de vote… chaque geste compte!»

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