Un ménage canadien sur cinq paie trop cher pour se loger
Un ménage canadien sur cinq est contraint de consacrer plus de 30 % de ses revenus à se loger, selon une étude du Conference Board publiée mardi. Cette statistique, basée sur le dernier recensement, réalisé en 2006, confirme une tendance lourde. Selon l’étude Partir de la base, du Conference Board, environ 20 % des ménages canadiens n’ont pas été en mesure de dénicher un logement abordable au cours des 15 dernières années. Une pointe de 28 % a été observée entre 2002 et 2004.
Cette pénurie, qui s’expliquerait par la hausse plus rapide des prix des logements que des salaires, aurait des conséquences néfastes sur la productivité des Canadiens, sur leur santé et sur la compétitivité nationale, selon l’organisation.
Retards
Le Conference Board a souligné, dans son étude, l’intérêt des promoteurs immobiliers pour des logements destinés aux ménages dont les revenus sont au-dessus de la moyenne, au détriment des logements destinés aux ménages à faibles ou moyens revenus.
Dans les années 1980, environ 20 000 unités de logement abordables étaient construites chaque année. Ce nombre a grandement décliné dans les décennies suivantes. En 2001, le gouvernement fédéral a mis sur pied l’Initiative en matière de logement abordable (ILA). Ce programme prévoyait la construction de 120 000 unités avant 2009.
Selon les chiffres compilés par le Canadian Housing Observer en 2009, seules 41 000 unités avaient été construites au moment de l’échéance de l’Initiative – qui a finalement été prolongée jusqu’en 2011 -, très loin du total prévu.
Incitatifs requis
Diana MacKay, directrice éducation et santé du Conference Board, a jugé qu’une implication accrue des gouvernements, des promoteurs privés et des associations de citoyens était nécessaire pour redresser la situation. «Les constructeurs immobiliers pourraient être encouragés à construire plus d’unités de logement abordables par une combinaison de mesures incitatives et de soutien du gouvernement et une sensibilisation accrue aux bénéfices qu’ils pourraient tirer en s’intéressant à ce segment du marché», a-t-elle indiqué.
Mme MacKay a notamment suggéré des allègements fiscaux pour les promoteurs qui veulent construire des logements abordables et la cession de certains terrains gouvernementaux. «Il faut rendre la construction de logements abordables intéressante», a-t-elle résumé.
Réaction du FRAPRU
Le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) ne s’est pas montré étonné des données rendues publiques par le Conference Board. François Saillant, le coordonnateur de l’organisme a déploré l’inaction des gouvernements. «Le gouvernement fait le minimum du minimum, a-t-il déclaré. Le nouveau budget de Québec va d’ailleurs dans cette direction.» M. Saillant a noté que le gouvernement provincial n’avait prévu que 3 000 nouveaux logements sociaux et abordables d’ici 2014, ce qui est très loin des besoins estimés par le FRAPRU, à 50 000 unités. «Le gouvernement a laissé entendre qu’après 2014, il n’y aurait plus d’autres investissements, a-t-il ajouté. C’est désastreux.»