Place du Québec dans le gouvernement Harper: une dynamique précaire
On le savait. Les résultats électoraux du 2 mai allaient changer la dynamique. Pour l’une des rares fois dans l’histoire, un gouvernement a obtenu une majorité sans le Québec. Habitués depuis 20 ans à l’opposition avec la présence massive du Bloc à Ottawa, les Québécois avaient tout de même toujours envoyé un contingent minimum de députés du parti au pouvoir.
Stephen Harper avait donc tout un casse-tête pour former un cabinet équilibré. Avec seulement cinq élus, la représentativité du Québec allait être inférieure au poids de sa population. Avec la formation du cabinet, cette semaine, la réalité a frappé. Le Québec ne représente que 10 % avec 4 membres sur 38.
Au lendemain des élections, Stephen Harper avait pris acte des résultats et des défis que cela représentait. Dans l’exercice qui a mené à la formation de son cabinet, le premier ministre a bien essayé d’envoyer un signal positif. Il a nommé 80 % du caucus québécois. Maxime Bernier a été réintégré, Steven Blainey a fait son entrée, sans compter que Christian Paradis et Denis Lebel ont pris du galon en devenant des joueurs clés du nouveau gouvernement.
On s’en réjouit, mais les bons sentiments pourraient être de courte durée. Les réformes démocratiques annoncées risquent d’en faire déchanter plusieurs. La réalité est telle que le poids démographique du Québec diminue. On sait déjà que le poids du Québec pourrait diminuer avec la nouvelle répartition des sièges aux Communes. Et en dépit des nouvelles nominations au Sénat, on sait que la réforme de cette institution devrait être dans la mire du premier ministre.
Certains diront qu’il faudra tenir compte de la reconnaissance du Québec comme nation. C’est vrai. Cela doit bien vouloir dire quelque chose. Le reste du Canada aura sûrement autre chose à dire, cette fois en se basant sur un principe démocratique de taille : la représentation selon la population.
Avec la formation de son cabinet, Stephen Harper n’a pas puni le Québec, loin de là. Il a composé avec le choix des Québécois, qui ne peuvent se plaindre. Les prochains mois permettront toutefois de mesurer le fossé qui sépare les Québécois du reste du Canada. Au-delà de la représentation, il faudra analyser l’ensemble des gestes posés pour juger de la réelle place du Québec. Une nouvelle dynamique s’installe et l’équilibre risque d’être précaire.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.