L'immigration, un remède contre le vieillissement?
Les auteurs de l’ouvrage Le remède imaginaire – pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec, Benoît Dubreuil et Guillaume Marois, sont formels : l’immigration n’a que très peu d’impact sur le vieillissement de la population et sur les performances économiques d’un pays.
Cette affirmation, le philosophe et le démographe québécois les tirent de l’examen d’une abondante littérature scientifique en provenance du Canada, des États-Unis et de l’Europe. Celle-ci vient contredire l’idée généralement admise selon laquelle l’immigration ralentit le vieillissement de la population. L’idée semble logique.
En effet, ne recrute-t-on pas des candidats jeunes? Ces immigrants scolarisés ne vont-ils pas occuper une partie des emplois qu’on peine à combler? Selon Benoît Dubreuil, il est normal de succomber à ce qu’il appelle «la pensée magique». «C’est une pensée intuitive qui paraît logique au premier abord, estime le philosophe. D’ailleurs, l’effet de l’immigration sur le vieillissement et l’économie existe. Mais en réalité, son ampleur est très limitée.» C’est ce que les deux chercheurs démontrent dans leur ouvrage, qui paraît aujourd’hui aux Éditions du Boréal.
Démographiquement, les études montrent que le nombre d’immigrants admis chaque année au Québec est beaucoup trop faible pour avoir un impact réel sur le vieillissement de la population. En effet, si la province n’avait reçu aucun immigrant depuis 1971, l’âge moyen des Québécois serait de 41 ans, à peine un an de plus que l’âge moyen actuel. En fait, pour modifier significativement la pyramide des âges, il faudrait multiplier par 10 le nombre d’immigrants admis chaque année au pays.
Qu’en est-il de l’impact économique? Dans les faits, la présence des immigrants fait peu évoluer le niveau des salaires, de l’emploi ou de l’investissement. Leur mauvaise intégration sur le marché du travail limite le bénéfice qu’on peut espérer en termes d’impôt sur le revenu. Le problème reste le même : le volume d’immigrants est trop faible pour avoir un réel impact. Benoît Dubreuil l’illustre ainsi : «Admettons que dans les 20 prochaines années, les immigrants représentent 10 % de la population. C’est beaucoup, mais 90 % de la population reste la même. L’impact est donc forcément marginal! Il faut demeurer réaliste. »