Les conservateurs ignorent encore les groupes environnementaux
Pour une troisième campagne électorale fédérale de suite, des groupes environnementaux québécois et canadiens ont fait parvenir un questionnaire aux cinq principaux partis en lice afin de connaître leurs positions sur certains enjeux environnementaux clés. Et pour une troisième campagne d’affilée, le Parti conservateur n’y a pas donné suite.
«Nous sommes déçus, mais pas nécessairement surpris de voir que les conservateurs n’ont pas répondu, a déclaré le coordonnateur général adjoint d’Équiterre, Steven Guilbeault. Ça semble devenir une tendance fâcheuse de refuser de prendre part au débat public. Qu’ils ne daignent pas répondre aux questions d’organisations, qui ont, au total, plusieurs milliers de membres, c’est choquant.»
Lors de la dernière élection, en 2008, le Parti conservateur était entré en contact avec les groupes environnementaux, dont font partie Équiterre, l’Institut Pembina, Nature Québec et la Société pour la nature et les parcs du Canada, et avait laissé entendre qu’il répondrait au questionnaire. Cela n’a finalement pas été le cas.
Cette année, tout comme à l’élection de 2006, les conservateurs n’ont aucunement fait écho à la demande des environnementalistes.
«Si la plateforme électorale des conservateurs avait été claire [en matière d’enjeux environnementaux], ils auraient pu ne pas répondre, a indiqué M. Guilbeault. Mais leur plateforme environnementale fait deux pages, avec une grosse photo sur chaque page. Sur la première page, on recense les accomplissements – et je ne sais pas de quels accomplissements on peut vouloir parler depuis 2006 – et sur l’autre page, on fait état d’engagements très très très vagues.»
Les groupes environnementaux ont déploré que la question environnementale ait été pratiquement évacuée des grands enjeux, depuis le début de la campagne. Selon Christian Simard, directeur général de Nature Québec, cette situation pourrait s’expliquer par l’échec du «Tournant vert» promu par l’ancien chef libéral, Stéphane Dion, au cours de la campagne de 2008.
«En 2008, le messager n’était peut-être pas à la hauteur du message et le Tournant vert de Stéphane Dion n’a pas passé, a estimé M. Simard. J’ai l’impression que ça a rendu l’ensemble de la classe politique frileuse et qu’elle s’est mise à se demander si elle pouvait faire des gains électoraux sur un enjeu transversal comme l’environnement.»
Christian Simard a encouragé les partis politiques à cesser de «suivre l’agenda du parti au pouvoir» et de choisir leurs propres thèmes pour le reste de la campagne, en rappelant qu’il ne serait sans doute pas payant d’éliminer l’environnement de l’équation.
Les scores des partis:
- Bloc québécois: 8/10
Le Bloc québécois a acquiescé à huit des dix questions des groupes environnementaux. Les deux points perdus s’expliquent par la volonté du Bloc de ne pas s’immiscer dans les champs de compétences provinciales. Ainsi, le parti dirigé par Gilles Duceppe a refusé de s’engager à protéger au moins la moitié des terres et des eaux publiques, estimant que cela était du ressort des provinces, et de s’impliquer dans la gestion de l’industrie des sables bitumineux.
- Parti libéral: 9/10
Le Parti libéral a obtenu une note de 9/10. Le PLC n’a pas voulu s’engager à verser 1,1 G$ sur cinq ans pour la protection et la restauration des Grands Lacs, comme le demandent les États-Unis et la Commission des Grands Lacs. Les libéraux de Michael Ignatieff ont indiqué vouloir travailler avec les provinces, les municipalités et les parties intéressées pour élaborer une stratégie canadienne sur l’eau douce, qui inclurait des investissements de 100 M$ par année.
- Nouveau Parti démocratique: 10/10
Le Nouveau Parti démocratique a obtenu un score parfait. Les troupes de Jack Layton se sont notamment engagées à créer 12 nouveaux espaces marins protégés d’ici 2012. Le NPD a aussi rappelé qu’il avait présenté à deux reprises le projet de Loi sur la responsabilité en matière de changements climatiques, qui prévoit des cibles de réduction de gaz à effet de serre basées sur la science et des mécanismes de vérification des progrès réalisés.
- Parti vert: 10/10
Le Parti vert a obtenu une note de 10/10. Le parti dirigé par Elizabeth May a notamment dit supporter des règlements plus sévères en matière d’utilisation de produits chimiques potentiellement dangereux dans des biens de consommation, dont l’interdiction du bisphénol A dans des conserves de nourriture. Le Parti vert s’est aussi engagé à appuyer l’instauration d’un moratoire sur les activités des industries du pétrole et du gaz dans le golfe du Saint-Laurent.