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Gaz de schiste: portrait d'un scandale

Il s’est dit beaucoup de choses au sujet des gaz de schiste. Pas toujours facile de s’y retrouver. Deux journalistes ont dressé un portrait de la situation dans le livre Le scandale du gaz de schiste afin d’en comprendre les enjeux. Entretien avec Julien McEvoy et Philippe-Vincent Foisy.

Qu’est-ce que vous avez voulu faire avec ce livre?
Julien McEvoy : c’est un sujet qui a fait les manchettes. Ce livre était une opportunité pour rassembler tout ce qui s’est dit dans un ouvrage. On voulait dresser un portrait des enjeux dans ce dossier: la culture du secret du gouvernement, l’inefficacité de notre fonction publique, la Loi sur les mines et l’impuissance des municipalités et des citoyens devant les compagnies minières et gazières. On voulait aussi apporter des solutions.
Philippe-Vincent Foisy : ce n’est pas un manifeste contre le Parti libéral ou contre le gaz de schiste. Nous ne sommes ni pour ni contre.

Quel est le plus gros scandale concernant le gaz de schiste au Québec?
PVF : je crois que c’est l’accumulation de petits scandales politiques et environnementaux.
JM : le plus gros scandale est le fait que le projet a été développé dans l’ombre et les citoyens n’ont pas leur mot à dire.

Est-ce qu’on connaît bien les risques associés à l’exploitation des gaz de schiste?
JM : c’est difficile de connaître les risques quand l’industrie démolit chacune des études. La science tend à prouver qu’il y a des risques pour l’environnement et la santé, mais l’industrie du gaz réussit toujours à faire douter les juges en cour.
PVF : ça pendra du temps avant qu’on connaisse les impacts de cette exploitation.

Le gaz de schiste peut-il contribuer au développement économique du Québec?
JM : une économiste chez Desjardins a calculé que, dans l’éventualité où 3000 puits de gaz de schiste seraient forés en une année au Québec (ce qui correspond à une phase d’exploitation commerciale à grande échelle), l’État ne récolterait que 400 M$, soit 0.01% du service de la dette. Ce n’est pas 400 M$ qui régleront les problèmes de finance de l’État.
PVF : il faudrait changer le système de redevances.

Il existe une grande proximité entre les acteurs du gaz de schiste et le PLQ. Par exemple, Stéphane Gosselin est, en un week-end, passé de chef de cabinet du ministre du Développement économique à directeur de l’Association gazière et pétrolière du Québec. Advenant un changement de gouvernement, est-ce qu’il y aurait une meilleure gestion des ressources naturelles au Québec?
JM : François Legault semble vouloir proposer certaines choses en matière de gestion des ressources naturelles, mais c’est encore très flou et mystérieux. La solution majeure serait une refonte totale de la Loi sur les mines (qui domine toutes les autres lois, dont celles qui servent à aménager le territoire), mais je ne pense pas que Legault aura les couilles de le faire.

Dans votre livre, vous abordez le cas de la famille Larin et celui des Milette que vous appelez « des cobayes », car des entreprises sont venues creuser des puits à une centaine de mètres de leurs maisons. Qu’est-il ressorti de ces expériences?
PVF: l’industrie agit comme si c’était normal d’avoir soudainement des puits dans sa cour. Le gouvernement n’a pas informé ceux qui habitaient non loin des chantiers et lorsque les citoyens ont appelé le gouvernement pour savoir ce qu’il se passait, ils se sont fait répondre que les entreprises avaient des permis et donc le droit de creuser. Les gens ont eu peur et personne n’était là pour leur expliquer ne serait-ce que la raison pour laquelle des gens creusaient.

Quelles sont les solutions entourant ces « scandales » dans le dossier du gaz de schiste?

PVF: on peut remplacer le pétrole par du biogaz qui est fait à partir des déchets animaux et humains. Pourquoi ne pas miser là-dessus plutôt que d’aller le chercher dans le sol, c’est plus écologique.
JM : on n’éliminera pas le gaz naturel de notre bilan énergétique, ça représente quand même 10 % de l’énergie consommée au Québec. On n’est pas anti-gaz, mais la façon dont le projet est mené soulève énormément de doutes. Les libéraux ont, sans tambour ni trompette, vendu tout le sous-sol dès 2006. Ce n’est qu’en 2010 que les gens ont commencé à le réaliser. La participation du public, dès le début, aurait permis d’éviter une telle débâcle démocratique.


Le scandale du gaz de schiste

VLB Éditeurs
Lancement mardi à 17h30 au Patro Vys
En librairie dès le 17 novembre