Divergences irréconciliables sur la charte
Dans le débat sur la charte des valeurs, les divergences des Québécois au sujet de l’interdiction du port de signes religieux paraissent irréconciliables, même s’ils peuvent s’entendre sur plusieurs questions de principe.
C’est ce qui ressort d’un rapport de l’Institut du nouveau monde (INM) publié jeudi, qui se présente comme un portrait de l’état actuel du débat sur la charte. Ce dernier est issu d’un panel de 20 personnes de différents horizons et points de vue sur le projet du gouvernement ayant participé à plusieurs séances de délibérations cet automne.
Après s’être documentés, avoir écouté le point de vue des autres et s’être questionnés sur leur propre point de vue, les participants en sont arrivés à un consensus sur l’affirmation du caractère laïque de l’État québécois, l’encadrement des accommodements raisonnables et l’obligation de service à visage découvert. Ils ne se sont toutefois pas entendus sur l’interdiction du port des signes religieux et sur la nécessité de modifier la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.
Le but de la démarche était de formuler une proposition de compromis qui puisse nourrir les travaux parlementaires sur la question de la charte des valeurs. «On n’a pas réussi à se rendre jusque-là, a reconnu Michel Venne, directeur général de l’INM. Ça veut dire qu’il faut prendre le temps de poursuivre la discussion collective.»
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Il ne faudrait pas désespérer: l’une des conclusions du rapport est que les membres du groupe seraient presque tous prêts à accepter une politique assez loin de leur idéal si elle rassemblait la grande majorité des Québécois.
«Oui, je serais prête à me rallier au plus grand nombre. Il faut que la paix soit préservée au Québec, a dit Nahid Aboumansour, participante au panel et directrice générale de l’entreprise d’insertion Petites-Mains. Sauf qu’il faut continuer à en débattre, parce que les mentalités peuvent encore changer si on confronte les gens aux faits et aux conséquences à long terme du projet de charte.»
Le rapport a été envoyé au gouvernement et aux partis politiques dans l’espoir qu’ils prennent en compte son diagnostic et qu’ils élèvent le débat au-delà des considérations partisanes.
Parmi les participants au panel de l’INM, on retrouve aussi Joseph Nakhlé, directeur général du Festival du monde arabe de Montréal et Jean-Pierre Proulx, ancien journaliste au quotidien Le Devoir.
Le cabinet du ministre Bernard Drainville a indiqué qu’il prendrait le temps d’analyser le document avant de le commenter.