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NPD-Québec, le «rêve» de la gauche fédéraliste

Photo: Illustration: Steve Côté

L’autorisation du Nouveau Parti démocratique (NPD) du Québec par le Directeur général des élections le 30 janvier dernier n’a pas fait grand bruit. Si l’idée de recréer une succursale au Québec circule depuis bien des années dans les rangs néo-démocrates, la vague orange des élections fédérales de 2011 semble avoir donné à des militants la confiance nécessaire pour se lancer dans l’arène.

Or, malgré ces récents succès et un positionnement quasi inoccupé sur la scène provinciale – celui de la gauche fédéraliste –, le «rêve» d’un NPD-Québec ne risque pas bientôt de devenir réalité, prédisent des experts.

Depuis la «vague orange» de 2011 sur la scène fédérale, où le NPD a fait élire 59 députés – sur une possibilité de 75 – au Québec, l’idée de former une aile dans la Belle Province est revenue sur la table avec beaucoup d’insistance dans les rangs néo-démocrates.

«C’est un rêve du NPD, car il n’a jamais très bien fait au Québec, à l’exception de cette vague orange. Tout à coup on se dit que ça en vaut la peine», indique le professeur à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa Luc Turgeon. Mais comme Québec solidaire (QS) et Option nationale sont déjà clairement du côté gauche de l’échiquier politique, et comme le Parti québécois (PQ) est traditionnellement plus à gauche que le Parti libéral du Québec (PLQ), il y a beaucoup de formations avec lesquelles rivaliser, rappelle-t-il.

«En s’enregistrant au Québec, le NPD prend une posture essentiellement défensive, suggère M. Turgeon. On protège le nom du parti dans l’éventualité où on créerait une aile provinciale, mais aussi afin que personne d’autre ne soit tenté de s’en emparer au Québec.»

Le chef intérimaire du NPD-Québec, Pierre Ducasse, confirme que, sur le terrain, la situation reste assez tranquille. «Nous suivons présentement les étapes nécessaires à la formation d’un parti politique provincial […] Cela étant dit, il est fort peu probable que le NPD-Québec présente des candidats à une élection provinciale en 2014», a fait savoir par courriel M. Ducasse, un ancien conseiller du défunt chef du NPD Jack Layton.

Selon des observateurs, il s’agit avant tout de tâter le terrain pendant que le parti jouit d’un minimum d’organisation et de militants au Québec. «Une succursale québécoise du NPD profiterait de la députation fédérale actuelle. Elle pourrait s’appuyer sur une équipe déjà en place et qui comporte des visages connus. Un NPD-Québec aurait de quoi faire des campagnes et des événements», explique Marc André Bodet, professeur en science politique à l’Université Laval et membre de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires.

Vague orange, pari risqué
Si l’occasion semble tout indiquée de tenter une percée au Québec, miser sur la vague orange ne représente pas forcément un bon calcul politique. De nombreux scrutins ont montré que les citoyens n’adoptent pas le même comportement aux élections fédérales qu’aux élections provinciales, un phénomène qui pourrait jouer des tours aux néo-démocrates, relèvent les experts.

«Depuis le début des années 1990, nous sommes retombés dans une vague où les électeurs québécois, quand vient le temps de voter au fédéral, optent pour un vote de protestation, comme avec le Bloc québécois jusqu’à tout récemment. En 2011, c’est le NPD qui a été perçu comme la seule option viable», explique M. Bodet.

Ailleurs au Canada, le NPD a été porté au pouvoir dans cinq provinces différentes depuis la fin des années 1960 (Colombie-Britannique, Manitoba, Saskatchewan, Ontario et Nouvelle-Écosse). Toutefois, même dans l’Ouest canadien, région qui constitue la base historique du NPD, les succès néo-démocrates ne seraient pas toujours représentatifs d’un élan vers la gauche.

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«Le NPD en arrache de plus en plus dans l’Ouest même si c’est sa base historique, commente le professeur Luc Turgeon. Depuis les années 1980, le Parti libéral du Canada y est extrêmement impopulaire  et ça nuit entre autres aux libéraux provinciaux. Pour les gens du Manitoba et de la Saskatchewan, les néo-démocrates constituent bien souvent la seule alternative pour mettre un parti dehors.»

M. Turgeon rappelle également que les Ontariens ont longtemps aimé diviser leur vote entre les libéraux au provincial et les conservateurs au fédéral.

Un électorat «aliéné»
Comme la question nationale occupe une importance toute particulière dans le paysage politique québécois, un NPD-Québec bien organisé pourrait tout de même espérer mobiliser un électorat qui n’est, à toutes fins pratiques, pas représenté sur la scène provinciale, celui de la gauche fédéraliste.

«Ce sont des électeurs aliénés; ils sont dans un système démocratique, mais n’ont pas d’option pour les représenter. Peut-être que le NPD-Québec pourrait leur offrir une solution» en attirant des électeurs de QS plus attachés à l’unité canadienne ou en séduisant des fédéralistes pour qui le PLQ est trop à droite, soutient Marc André Bodet. Ce dernier estime toutefois que les chances d’un NPD-Québec de ravir des circonscriptions aux partis en place sont, pour l’instant, assez minces.

Le seul parti à souffrir réellement d’un drainage des voix pourrait bien être Québec solidaire, dont les intentions de vote oscillent autour de 7% selon les derniers sondages.

«Les majorités libérales sont tellement grandes à Montréal que plusieurs députés du PLQ peuvent se permettre de perdre 10% de leurs votes et quand même gagner de manière décisive, analyse le professeur de l’Université Laval. Tandis qu’à QS, tant les députés Françoise David et Amir Khadir que leurs deux autres candidats forts, Manon Massé et Andres Fontecilla, ne peuvent se permettre de perdre autant de points de pourcentage. Le PLQ serait donc moins menacé à court terme; il peut se permettre de perdre des voix dans les circonscriptions où un NPD-Québec connaîtrait du succès».

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Vu ses appuis massifs au Québec, le NPD fédéral marche déjà sur une ligne très mince au Parlement à Ottawa lorsque des enjeux à caractère nationalistes comme la loi sur la clarté référendaire, entre autres, font débat. C’est d’ailleurs les mêmes déchirements qui avaient mené, au début des années 1990, à la disparition de la première itération provinciale du NPD-Québec. De 1985 à 1994, le parti a présenté plusieurs dizaines de candidats à trois élections sans jamais remporter plus de 2,5% des voix. Le parti s’est dissocié du NPD fédéral en 1995 après s’être résolument prononcé en faveur de la souveraineté du Québec, pour ensuite adopter le nom de Parti de la démocratie socialiste.

Un NPD-Québec aurait-il de meilleures chances de réussite aujourd’hui? «Si les enjeux d’identité et de souveraineté demeurent en arrière-plan, il y a une fenêtre pour le NPD-Québec, estime M. Bodet. Mais dès qu’un enjeu identitaire refait surface, une succursale d’un parti fédéral se retrouve en situation difficile.»

Fédéralistes de gauche: l’exemple de l’UCQ

C’est l’absence d’une véritable option politique pour les Québécois aux convictions de gauche et d’allégeance fédéraliste qui a mené à la création de l’Union citoyenne du Québec (UCQ) en juillet 2012.

Son fondateur Alexis St-Gelais, un ancien président de circonscription du Parti libéral dans Jonquière, «ne se reconnaissait plus chez les libéraux», explique le chef actuel de l’UCQ, Marc-André Lacroix. «On a décidé d’aller de l’avant avec le parti pour donner quelque chose de nouveau au Québec, déclare M. Lacroix. Il y a un manque à combler du côté de la gauche fédéraliste. Les membres fondateurs se sont dit: “Ça n’a pas de bon sens, on tente l’expérience.”»

Lors de la création du parti, plusieurs médias avaient rapporté que des démarches avaient été faites par M. St-Gelais auprès du NPD fédéral, sans succès. Bien que le NPD-Québec soit maintenant un parti autorisé, l’UCQ n’envisage aucun rapprochement. «S’il y a des rapprochements à faire dans l’avenir on tâtera le terrain. Pour le moment on se concentre sur l’élection à venir», assure M. Lacroix.

Le chef du parti confirme que l’UCQ – dont les 20 can­didats avaient recueilli un total d’environ 2000 voix en septembre 2012 – sera des prochaines élections provinciales. Le parti tiendra un congrès à l’Université du Québec à Montréal le 15 mars afin d’adopter sa plate-forme.

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Le passé du NPD-Québec

Le Nouveau Parti démocratique du Québec a participé à trois élections provinciales, de 1985 à 1994, sans jamais faire élire de député. Le parti a changé de nom en 1995 pour devenir le Parti de la démocratie socialiste (PDS).

  • 1985 2,42% des voix
    90 candidats
  • 1989 1,22%
    55 candidats
  • 1994 0,85%
    41 candidats
  • 1998 0,59% (PDS)
    97 candidats

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