De la compassion svp
De toutes les personnes qui ont une opinion sur l’affaire Gab Roy / Mariloup Wolfe, la plupart des gens sont tout simplement contre Gab Roy. D’autres tentent de faire dans la nuance. Parmi ceux-là, certains sont contre Gab Roy, mais pour la liberté d’expression. D’autres sont contre Gab Roy, mais aussi un peu contre Mariloup Wolfe, disant qu’elle exagère. «Franchement, 300 000$ pour une joke, c’pas fort. Elle veut juste de la publicité». Juger la victime sur sa façon de se réapproprier son drame? Un classique.
De toutes les personnes qui s’expriment sur le sujet, j’en vois peu éprouver de la compassion pour ce que ça peut signifier pour certaines personnes d’être simplement évoquées sexuellement. Comme dans cette comparaison alimentaire qui passe encore une fois à côté de la question de la dignité, occultée par la sacrosainte question de la liberté d’expression. Pour que la comparaison de Jean-François Mercier tienne la route, il aurait fallu que le chef en question enlève quelque chose à sa cliente. Genre, qu’il aille fouiller dans ses poubelles et qu’il lui cuisine quelque chose avec son pipi, et la force à le manger. Mais je comprends que monsieur Mercier n’ait pas voulu aller là parce que ce n’est pas exactement ça non plus. Mais la comparaison manque de compassion, parce que le texte de Gab Roy touche à quelque chose de beaucoup plus personnel, de plus intime.
Alors que le texte de Gab Roy en a fait rire quelques-uns, d’autres ont été dégoûtés, d’autres indifférents, d’autres encore se sont sentis souillés simplement en le lisant. Certaines femmes se sentent diminuées à l’idée même qu’il soit possible d’instrumentaliser ainsi sans leur consentement le corps des femmes. Ce n’est pas mon cas, mais j’ai eu mal pour la principale intéressée, parce que je peux m’imaginer le sentiment d’impuissance que l’on peut ressentir devant une telle appropriation de son intimité. Je ne suis pas certaine que tous en soient capables. Je ne crois pas que Gab Roy ait démontré ce type de compassion depuis que son procès populaire a débuté.
Nous avons tous un rapport très personnel à l’intimité. Certaines personnes ne sont pas à l’aise de se faire interpeler par des étrangers dans la rue d’autres sont à l’aise de se mettre elles-mêmes sexuellement en scène. On pourrait se demander pourquoi et tenter de juger les gens sur la base de nos valeurs personnelles. Moi je me demande surtout pourquoi est-il si difficile de comprendre que tout ça n’est ni bien ni mal, mais très personnel.