Cher Gab Roy
Décidément, tu dois te dire que c’est pas ton année. Après avoir connu la petite gloire qu’a pu t’offrir le web sans jamais pouvoir goûter à la vraie affaire, le sort semble s’acharner sur toi. Dans la dernière année seulement, tu as fait la joke de trop qui t’a valu de perdre ta régie publicitaire, tu as connu l’opprobre populaire, tu as entaché la réputation du Voir, qui subit injustement les conséquences de tes bêtises, et maintenant, tu es visé par une poursuite criminelle, mais surtout, tu as l’étiquette de violeur, de pédophile.
Je sais, on est innocent jusqu’à preuve du contraire, mais tu sais comme moi que le public, lui, peut décider sans code de déontologie de l’étiquette qu’il t’accolera. C’est déjà fait. Ça doit être dur. D’ailleurs, c’est un peu pour ça que tu as décidé d’abandonner la vie publique, non? Ou est-ce simplement la vie publique qui t’a si violemment rejeté? Ou est-ce que c’est finalement ton avocat qui t’a simplement dit que ça vaudrait mieux que tu te la fermes pour la suite des choses? Je n’ai pas réagi à ta démission. J’étais en vacances ce jour-là, et observer les palmiers m’apparaissait plus agréable que commenter la chute d’un troll.
J’aimerais maintenant revenir sur une phrase qui a retenu mon attention dans ton texte d’adieu : «Mes proches […] n’ont pas besoin de vivre ce que je leur fais endurer présentement.» Ce que je comprends de cette phrase, dans laquelle tu assumes tout de même tes responsabilités, c’est que tes proches, qui n’ont rien demandé à la vie, subissent le fait d’être associés à toi, qui as choisi sciemment de vivre dans la controverse. Un peu comme quand toi, tu t’attaquais à des personnes, publiques ou non, et que ça rejaillissait sur leur entourage, non?
Le grand public t’a connu quand tu t’es attaqué à Mariloup Wolfe, mais une mère m’a raconté avoir fait ta découverte bien avant, en constatant avec effroi que tu distribuais des photos de sa fille de 13 ans, attisant une haine injustifiée à son endroit par l’entremise de ton réseau de trolls. Quand tu juges que ton entourage ne mérite pas de subir le déshonneur par association, que ta fille qui entre au secondaire ne mérite pas de se faire intimider dans la cour d’école, je me demande si tu es capable de reconnaître que c’est exactement ce que tu as fait vivre à tant de monde.
C’est rare que j’invoque le karma pour expliquer la vie. La dernière fois que je l’ai fait, un représentant de la médecine ayurvédique m’a accusée d’insulter le mot «karma». Je n’aime même pas l’idée moralisatrice selon laquelle tu mérites ce qu’il t’arrive. Je me contenterai de dire que tu goûtes enfin, un peu, à ta propre médecine.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.