Pour une approche humaine à la souffrance psychologique
Alors que le suicide de l’acteur Robin Williams attire l’attention sur le problème de dépression, certains spécialistes préconisent une approche plus humaine que biomédicale à la souffrance psychologique.
De 11 à 12% des personnes en Amérique du Nord vivraient un épisode dépressif au cours de leur vie. Or, la dépression grave est le facteur de risque de suicide le plus important, selon les psychologues.
Jean-Philippe Vaillancourt, psychologue et directeur du bureau du Québec de l’International Society for Ethical Psychiatry and Psychology, croit que la meilleure réponse à ces souffrances psychologiques est d’accepter leur existence et d’y être attentif.
«Lorsqu’une personne se sent acceptée et entendue dans sa souffrance parce que quelqu’un a pris le temps de l’écouter, il se passe des choses formidables.» -Jean-Philippe Vaillancourt
Il souligne la citation attribuée à Robin Williams selon lequel «la pire chose dans la vie est d’être avec des gens qui nous font sentir seuls».
Plusieurs organismes ont réagit mardi en encourageant les personnes présentant des symptômes de dépression à en parler à leurs proches. «Mais avec la rapidité de la vie, les gens ne sont pas intéressés à écouter leur frère ou leur ami qui ne va pas bien, et ils les orientent vers un médecin qui va leur prescrire de la médication», a constaté M. Vaillancourt. Il craint ainsi la surmédicamentation et la surmédicalisation de la détresse humaine.
Selon Marc-Simon Drouin, directeur du Département de psychologie de l’UQAM, la pire chose à dire à un proche qui souffre est de «se secouer» ou «d’en revenir». «Ça a comme impact d’ostraciser la personne, et ça peut en décourager certains d’aller chercher de l’aide», a plaidé M. Drouin.
Réal Labelle, professeur titulaire au Département de psychologie de l’UQAM, croit de son côté qu’on n’a pas le choix de traiter les grosses dépressions comme des maladies, avec des médicaments et de la psychothérapie. «Une dépression sévère, ce n’est pas un petit chagrin. C’est quelque chose qui dure des mois ou des années, et la personne n’est plus capable de fonctionner, explique M. Labelle. Plusieurs ont des crises suicidaires, qui sont comme des grosses tempêtes qui font des ravages.»
Il souligne que certains dépressifs sont lourdement malades, comme Robin Williams. «Quand on ajoute la dépendance aux drogues et à l’alcool, c’est de la comorbidité, et c’est très dangereux», a-t-il mentionné.