Petites coupes inacceptables
Ce samedi, des milliers de Québécois marcheront pour contrer les mesures d’austérité du gouvernement Couillard. Cette grande manifestation symbolisera le grand ras-le-bol général d’une grande partie de la population qui juge que ces coupes, fondées sur des prémisses absurdes, loin d’être constructives, feront du tort à la société. Les gens marcheront, donc, contre un paquet de décisions qui forment un grand tout un peu flou.
Il y a fort à parier que malgré tout, le gouvernement coupera. Je ne dis pas ça par cynisme. Les gouvernements se targuent de mettre leurs culottes lorsqu’ils prennent des décisions impopulaires. Ça ne veut pas dire que les manifestations et autres moyens de faire connaître son désaccord ne servent à rien. Les gouvernements mesurent tout de même «l’acceptabilité sociale» de leurs décisions, c’est-à-dire si oui ou non ils pourront les faire passer pour justes.
Ils disposent de plusieurs moyens pour y parvenir : des comparaisons fallacieuses entre le travail des femmes albertaines et québécoises (sans égard au fait qu’elles soient mères ou non), un calcul épeurant de la dette (une notion que personne ne comprend de toute façon), un paquet de phrases creuses et l’image convaincante d’un président du Conseil du Trésor marchant sur un tapis roulant. L’acceptabilité sociale, au fond, mesure la capacité de la démagogie à donner l’impression que la majorité de la population ne se fait pas avoir.
Ce qui m’inquiète, toutefois, c’est que dans ce grand flou de coupes, il y en a qui touchent aussi les personnes les plus vulnérables de manière aucunement acceptable, même si elles touchent au final peu de monde. Plusieurs marcheront samedi parce que les coupes en santé, en éducation ou dans les politiques familiales les touchent personnellement. Mais qui manifestera contre les coupes dans le programme d’adaptation à domicile, qui permet le maintien à domicile de personnes handicapées? Qui manifestera contre la suspension des contrats d’intégration au travail, qui facilitent l’inclusion au travail de personnes à limitation fonctionnelle qui, sans cet encouragement à l’embauche, risquent de rester chez elles à attendre l’aide sociale et à regretter le temps où il leur restait un peu de dignité? Qui va s’opposer aux compressions budgétaires imposées aux programmes de transport adapté, qui sont déjà loin d’être parfaits? Les personnes qui ont recours à ce service doivent s’y prendre 24 heures à l’avance et vivre avec des délais impossibles à prévoir. Vous pensez qu’il y a matière à coupes?
Kéven Breton est agent de communication pour l’organisme Ex æquo, qui prend la défense des personnes ayant une déficience motrice. «Les personnes en situation de handicap ont beau avoir toute la bonne volonté du monde, il s’agit parfois de personnes épuisées qui ont de la difficulté à se déplacer. Les marches, c’est un type de manifestation très mal adapté à leur réalité», dit-il. Il roulera samedi contre le grand concept flou de l’austérité, mais aussi contre ces petites coupes qui affectent ceux qui sont parmi les plus vulnérables.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.