Un lien entre l’attaque de Sydney et celles d’octobre au Canada
Il y a vraisemblablement un lien à voir entre la prise d’otage des deux derniers jours à Sidney, en Australie, et les deux attaques survenues à Ottawa et à Saint-Jean-sur-Richelieu en octobre, jugent des experts consultés par Métro.
C’est que le groupe État islamique (ÉI) avait lancé en septembre une incitation à attaquer des citoyens de pays qui participent à la coalition qui lui fait face en Syrie, dont le Canada et l’Australie.
Questionné au fait que cet appel aurait pu avoir une influence sur les attaques dans ces deux pays, l’ancien cadre du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Michel Juneau-Katsuya, est sans équivoque. «Absolument. Il y a un lien direct à voir, lance-t-il. Ça reste des gens qui se disent souteneurs de l’idée d’État islamique.»
Même son de cloche chez Stéphane Berthomet, journaliste et analyste des affaires policières. «Il est difficile de ne pas y voir d’incidence, dans la mesure où [ÉI] menace l’Australie et le Canada en septembre, et les deux sont frappés deux fois depuis, juge-t-il. Il faut rester très prudent […], mais on sent que ça s’inscrit dans une sorte de lignée qui ressemble aux événements qu’on a connus au Canada.»
Il est du moins clair que les auteurs de ces attaques affichaient une certaine sympathie envers la cause d’ÉI, même s’ils n’étaient pas forcément formellement liés au mouvement. L’auteur de la prise d’otage de Sydney a affiché un drapeau noir très similaire à celui du groupe ÉI lors de l’attaque.
«Pour être terroriste, il n’y a pas de carte de membre, illustre M. Juneau-Katsuya. L’effet d’ÉI est qu’il peut recruter n’importe quelle personne instable et la faire sentir investie de sa mission.»
«On ne peut pas nier aujourd’hui que, quelle que soit leur état psychologique, ces individus sont influencés par un appel [jihadiste]», rajoute M. Berthomet, qui hésite toutefois à leur accoler le mot «terroriste». «En les faisant rentrer dans un cadre qui est plus grand qu’eux, on légitime en quelque sorte leurs actions», explique-t-il.
«Le défi auquel nous sommes confrontés est que c’est justement nos libertés [d’expression, de religion et d’association] qu’État islamique abuse pour recruter.» -Michel Juneau-Katsuya, ancien cadre du SCRS, qui croit que les gouvernements doivent résister la tentation de restreindre ces libertés au nom de la sécurité
Prévenir ce genre d’attaque reste extrêmement difficile, selon les deux experts.
«Contrairement à al-Qaïda, qui fomentait des coups assez complexes et qui visait des personnes de l’État ou des cibles importantes, on a un groupe État islamique qui encourage à faire des attentats à petite échelle», affirme M. Juneau-Katsuya.
L’absence d’organisation ou de planification précise donc la tâche des services de renseignement, selon M. Berthomet. «On a beaucoup de mal à les analyser parce que, justement, ils sont eux-mêmes désorganisés», dit-il.