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Le projet de loi 20 déshumaniserait la médecine familiale

Le projet de loi 20 déshumaniserait la médecine familiale
Photo: Yves Provencher\Métro

Le projet de loi 20, qui imposera des quotas de patients aux médecins de famille, encouragera une pratique déshumanisée de type «chaîne de montage», ont dénoncé dimanche plusieurs médecins réunis avec Québec solidaire.

«Le suivi de l’ensemble de nos patients prend du temps. C’est ce temps-là, nécessaire pour soigner, écouter, réconforter, examiner et discuter, qui est attaqué avec les objectifs comptables de cette réforme. Ça va favoriser de la mauvaise médecine. On va demander des tests inutiles et surprescrire des médicaments», a déploré Marie Claude Goulet, médecin de famille en CLSC.

Le projet de loi ne prendrait pas en compte le fait que certaines cliniques ont une clientèle avec des problèmes plus lourds, qui demande plus de temps. «On a des patients séropositifs, qui ont des hépatites, qui font usage de la drogue, qui sont défavorisés, qui ont des antécédents de santé mentale, a souligné le Dr Pierre Côté, médecin à la Clinique médicale Quartier Latin. L’effet pervers des quotas est qu’on va refuser de prendre en charge des cas lourds et favoriser l’inscription de patients qu’on va voir plus rarement.» En travaillant à temps plein, le Dr Côté suit présentement 780 patients et estime qu’il lui serait impossible de remplir son quota de 1500 patients.

Ces médecins déplorent aussi que le projet de loi ne reconnaisse pas les différents types de tâches effectuées par les médecins de famille, notamment la formation continue, l’enseignement et la prise en charge de patients temporaires. «Le ministre Barrette ignore complètement ce qu’est la réalité des médecins de famille», a conclu Amir Khadir, député de Mercier.

M. Khadir craint que de nombreux médecins démissionnent et que des étudiants soient découragés de choisir la médecine de famille si le projet de loi est adopté tel quel. «Si on me demande une pratique qui ne correspond pas à mes valeurs, je vais être tentée de prendre ma retraite et d’aider les gens d’une autre façon, comme en faisant du bénévolat pour Médecins sans frontières», a estimé la Dre Lucie Filion, médecin dans un groupe de médecine de famille (GMF).

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec est également engagée dans un combat contre le projet de loi 20.

Le ministre Barrette était injoignable dimanche.