Niqab: Duceppe dit oui à la clause dérogatoire
LONGUEUIL, Qc — En plus d’appuyer un éventuel projet de loi sur le port du niqab aux cérémonies de citoyenneté, le chef bloquiste Gilles Duceppe serait en faveur du recours à la clause dérogatoire pour blinder la mesure législative.
«Effectivement, moi, je serais pour ‘le nonobstant’ si jamais une telle loi contrevenait à la Charte (canadienne des droits et libertés)», a déclaré mardi le leader du Bloc québécois.
La disposition dérogatoire a été mise en place «justement pour faire face à des situations semblables», a enchaîné M. Duceppe en marge d’un discours livré devant l’Union des producteurs agricoles (UPA), à Longueuil.
En juin dernier, lors de la dernière journée des travaux parlementaires à la Chambre des communes, le gouvernement conservateur avait déposé un projet de loi en ce sens.
Les deux députés qui avaient présenté la mesure législative, Jacques Gourde et Tim Uppal, avaient alors assuré qu’elle respectait la Charte canadienne des droits et libertés, sans toutefois être en mesure de fournir les arguments juridiques pour appuyer leur déclaration.
Le chef conservateur Stephen Harper a refusé de spéculer sur le scénario hypothétique d’un recours à la disposition de dérogation en cas de contestation judiciaire.
Dans le dossier du niqab, qui s’est invité dans la campagne électorale la semaine dernière, la position des conservateurs et des bloquistes contraste nettement avec celle des libéraux et des néo-démocrates.
Après s’être montré nettement plus évasif que le chef libéral Justin Trudeau sur cette question, Thomas Mulcair a finalement indiqué mardi qu’il n’appuierait pas un projet de loi visant à interdire de prêter le serment de citoyenneté le visage voilé.
«Pas plus que je voterais en faveur d’une loi qui vous enlèverait la liberté de presse, voyons donc!», a-t-il offert en guise d’explication à une journaliste qui l’a interrogé à ce sujet du côté de Moncton, au Nouveau-Brunswick.
Cette déclaration amènera de l’eau au moulin des bloquistes, qui concentrent leurs attaques sur le Nouveau Parti démocratique (NPD), formation qui trône en première position dans les intentions de vote au Québec.
À la veille du dévoilement du cadre budgétaire de son parti — et à deux jours du premier débat des chefs en français —, Gilles Duceppe semble prêt à ouvrir un autre front dans sa lutte contre les néo-démocrates, soulevant des doutes sur un engagement dévoilé en matinée par Thomas Mulcair.
De passage dans les Maritimes, le chef néo-démocrate a notamment promis de geler pendant quatre ans les cotisations à l’assurance-emploi et de «protéger la caisse d’assurance-emploi pour qu’elle serve uniquement à assurer des prestations aux Canadiens et non pas de tirelire pour le gouvernement».
Mais ses chiffres ne tiennent pas la route, a laissé entendre son adversaire bloquiste, qui a dit avoir l’intention de se replonger, avec ses conseillers économiques, dans le cadre financier du NPD.
Et de plus, «chose certaine», Thomas Mulcair «se contredit effrontément», s’étant réjoui la semaine passée du surplus de 1,9 milliard $ dégagé par un gouvernement fédéral qui dû «piger dans la caisse» d’assurance-emploi afin d’y parvenir, a argué M. Duceppe.
Le chef bloquiste est par ailleurs devenu le quatrième chef fédéral à répondre aux demandes formulées par le premier ministre québécois Philippe Couillard en août dernier.
«J’ai le plaisir de vous confirmer que le Bloc québécois se fera le porteur de chacune des demandes du Québec à Ottawa évoquées dans votre lettre», écrit M. Duceppe dans la missive datée du 21 septembre.
Il a souligné, en particulier, la promesse du Bloc de faire du rétablissement des transferts en santé son «premier cheval de bataille» à Ottawa.
Gilles Duceppe n’a prévu aucune activité publique mercredi, à la veille du premier débat des chefs en français de la campagne, qui se tiendra dans les studios de Radio-Canada à Montréal.
Il s’agira pour le leader indépendantiste d’une première joute oratoire, puisqu’il avait été exclu des deux premières séances anglophones.