Niqab: Mulcair s'explique et vilipende Harper
MONTRÉAL — Devant l’ampleur qu’a pris le débat sur le niqab et les attaques dont son parti fait l’objet, le chef néo-démocrate Thomas Mulcair a fait une sortie imprévue, mercredi à Montréal, pour dénoncer la manière dont ses adversaires utilisent cette question à des fins électoralistes et expliquer sur quoi repose la position néo-démocrate.
«Cette campagne a pris un tournant négatif, plus vicieux et plus divisif que jamais, tout à fait comme le souhaitent Stephen Harper et les conservateurs», a-t-il affirmé devant un auditoire partisan dans le Vieux-Montréal.
Accusant les conservateurs de faire preuve «d’hypocrisie politique» sur le dos de citoyens vulnérables, il a dit que «la question du niqab est la dernière en date dans le sac à malices des conservateurs; un enjeu émotif qui, dans les faits, ne touche qu’un tout petit nombre de citoyens».
Sans nommer le Bloc québécois, il a toutefois visé indirectement la formation de Gilles Duceppe dont une récente publicité attaque le NPD en montrant une goutte d’huile qui se transforme en femme voilée, en parlant de «caricature publicitaire pour marquer des points politiques».
«Les raccourcis, les simplifications et les caricatures de la réalité n’aident personne», a-t-il dénoncé.
Tout en reconnaissant la légitimité du débat sur le port du niqab, Thomas Mulcair a rappelé que la loi oblige une femme portant le niqab à se dévoiler le visage avant de prêter serment. Quant à la prestation de serment elle-même, où les conservateurs et le Bloc veulent obliger le visage découvert, le chef néo-démocrate a mis en lumière la contradiction inhérente à cette position.
«Je comprends que le port du niqab par une femme puisse créer un malaise et, même, de la colère. Je comprends bien qu’on puisse y voir un symbole d’infériorité et d’oppression envers les femmes, (mais) là-dessus, je veux être clair: personne n’a le droit de dire à une femme ce qu’elle doit porter ou ne pas porter», a-t-il dit.
«Si certaines de ces femmes sont opprimées, il faut les aider et ce n’est pas en les privant de leur citoyenneté canadienne et de leurs droits qu’on va y arriver», a-t-il fait valoir avec ferveur.
Les sondages indiquent clairement que les Québécois favorisent la position des conservateurs et du Bloc sur la question du niqab et M. Mulcair avait eu l’occasion d’en être témoin un peu plus tôt, lors d’un arrêt à l’hôtel de ville de Montréal pour y rencontrer le maire Denis Coderre.
Debout à ses côtés, celui-ci a réitéré sa position en faveur de l’interdiction du niqab aux cérémonies de citoyenneté, tout en minimisant l’importance du dossier.
«J’aimerais vous rappeler qu’on parle d’environ 50 personnes avec un niqab au Québec», a dit le maire.
Dans les dossiers montréalais, MM. Mulcair et Coderre ont affiché une grande entente. Ni l’un ni l’autre ne veulent d’un péage sur le nouveau pont Champlain, une question de justice selon M. Mulcair. Celui-ci a par ailleurs rejeté catégoriquement la possibilité, s’il est élu, de remettre au gouvernement provincial les ponts Champlain, Jacques-Cartier et Mercier, sans toutefois expliquer pourquoi.
Denis Coderre a salué le fait que Thomas Mulcair soit le seul chef qui ait répondu par écrit au cahier de demandes de Montréal. À cet effet, les deux hommes se rejoignent sur à peu près tous les points, notamment le retour du service de livraison de la poste à domicile.
Ils estiment tous deux également qu’Ottawa doit financer une partie des fêtes du 375e anniversaire de Montréal et laisser à la Ville le choix de décider quoi faire de l’argent fédéral.
M. Coderre n’a pas caché son amertume à la suite de cette rencontre face à la décision de Stephen Harper d’ignorer son invitation.
«Je pense qu’il a manqué une belle opportunité et c’est à lui à dire que c’est pour des raisons partisanes ou pas s’il n’est pas venu nous voir», a-t-il dit.
«Quand vous avez, malheureusement, mon bon ami Denis Lebel qui s’en va dire que, pour diriger le pays, on n’a pas besoin de rencontrer le maire de Québec ou de Montréal, ça fait un certain manque de sensibilité», a conclu le maire.