Le Canada vers des cibles limitant la hausse des températures de 1,5°C?
Alors que les émissions de gaz à effet de serre (GES) semblent avoir atteint un plateau, la nouvelle ministre de l’Environnement tente de convaincre les provinces d’améliorer sensiblement leurs cibles.
Dimanche, la ministre de l’Environnement du Canada, Catherine McKenna, a rencontré à huis clos les ministres de l’Environnement de plusieurs provinces canadiennes présents à la Conférence de Paris sur le climat. Cette rencontre portait sur les nouvelles cibles du Canada qui seraient plus ambitieuses que celles du gouvernement Harper.
Selon le Globe & Mail, la ministre endosse désormais les revendications des pays insulaires, qui croient que l’accord de Paris doit notamment s’appliquer à limiter la hausse des températures de 1,5°C et non pas à 2°C afin de limiter la hausse des océans, qui risquerait d’engloutir des pans entiers de leurs territoires.
La position de Mme McKenna rejoint celle de l’Union européenne mais pas de tous les participants, même au sein du Canada. Or, pour établir ses objectifs de réduction de GES, le Québec s’est basé sur le scénario du 2°C et non pas celui du 1,5°C.
Le Québec est la province ayant les cibles les plus ambitieuses (-37,5% de GES en 2030 par rapport à 1990) et le premier ministre Philippe Couillard a d’ores et déjà prévenu qu’il privilégiait une cible qui soit atteignable. «Il faut placer la cible au bon endroit pour être certain, ou relativement certain d’y parvenir», a déclaré M. Couillard dimanche.
Pour plusieurs la cible de 1,5°C est inatteignable, car les températures ont déjà augmenté de 1°C et les concentrations de CO2 dans l’air sont trop élevées pour éviter un emballement du climat.
Lundi, la revue Nature a dévoilé un article qui apportera de l’eau au moulin de la ministre McKenna. Selon les données du Global Carbon Project, les émissions ont peut-être plafonné en 2014 à 35,9 milliards de tonnes de CO2 et pourraient diminuer de 0,6% cette année, même si la croissance mondiale devrait être de 3,3%. Au cours des 10 dernières années, la croissance des émissions de CO2 a été en moyenne de 2,4% par an, sauf pendant la crise économique de 2008.
«C’est une bonne nouvelle mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres», selon Patrick Bonin, qui Greenpeace Canada à la Conférence de Paris. Selon lui, la cible de +1,5°C est réalisable, mais à condition de complètement «décarboniser» l’économie mondiale d’ici 2050. Comme bien des observateurs sur place, M. Bonin sent que les négociations piétinent légèrement. S’il ne doute pas qu’on parvienne à une entente, M. Bonin souligne que, les cibles étant trop faibles, l’entente devra nécessairement comprendre une clause de révision des cibles tous les 5 ans et non pas en 2030, comme prévu actuellement.
La Conférence sur le climat se termine cette fin de semaine.